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Vincent DURTETTE



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Vincent DURTETTE

Avocat Associé, Ancien Bâtonnier de Châlons-en-Champagne


Vincent n’était pas seulement un avocat brillant,
c’était déjà un homme d’une générosité, d’une drôlerie,
d’une humanité exceptionnelle.



Sa biographie

Vincent a fait toute sa carrière au sein de notre équipe, prenant une place de plus en plus importante dans le Cabinet et dans le Barreau. C’est ainsi qu’il a pris les fonctions de Bâtonnier de l’Ordre de Châlons-en-Champagne à compter du 1 Janvier 2007. Vincent a trouvé la mort dans un accident de la circulation le 21 Juillet 2007.
 
Pénaliste remarquable, il s’est illustré dans des affaires très importantes :

 
Plutôt que de parler de lui, nous proposons au visiteur de lire un extrait du livre Chanal, « La Justice Impossible » (2004 - éditions Michalon) :

TOUT ÇA POUR CA par Vincent DURTETTE
"Je me souviens encore souvent de ce mois de septembre 1993 où je me suis présenté pour la première fois au « Bâtonnier CHEMLA » Je sortais à peine de mon service national et je souhaitais travailler avec un pénaliste. Le droit pénal m’attirait irrésistiblement depuis que j’avais atteint mes 13 ans, âge à partir duquel j’avais pu obtenir le droit d’accompagner mon grand père aux audiences correctionnelles du Tribunal de Grande Instance de Laon, ville dont je suis originaire. De sa petite table d’huissier audiencier placée sous le perchoir du procureur, je voyais sous mes yeux fascinés se rendre la justice. Si je passais mes premiers mercredis après midi à regarder le lustre des lieux, le spectacle des robes côtoyant la misère humaine ambiante, je remarquais presque instinctivement que d’un avocat à un autre le résultat pouvait être totalement différent. Je prenais beaucoup de plaisir (et je n’étais visiblement pas le seul par le simple énoncé des délibérés) à écouter les FOVIAUX, alors âgé de près de 80 ans, DOYEZ et autre COURTIN, tous avocats du barreau de Laon qui me transmettent leur amour de la défense pénale .


C’était décidé, ce serait avocat ou rien. Après un baccalauréat  obtenu en 1987 dans la série Sciences Economiques, je rejoignais Reims où j’obtenais en 1991 une maîtrise de  Droit Privé mention Carrières Judiciaires. Ces quelques années m’avaient conforté dans mon attrait pour la matière pénale et c’est presque naturellement que je décidai de poursuivre un Diplôme d’Études Approfondies de Sciences Criminelles à la faculté de droit de Nancy sous la direction du Professeur André VITU, dont la réputation universitaire en droit pénal est, depuis longtemps, nationale.


Sorti major de promotion, je pouvais prétendre à prolonger cette voie universitaire par une thèse de doctorat. L’attrait des prétoires devait l’emporter : reçu à l’examen d’entrée à l’école d’avocats, je rencontrais Maître CHEMLA pour effectuer mon stage. Ma première demande fut de pouvoir examiner les  pièces du « Dossier » qui trônait dans son bureau. Je suivais avec intérêt cette affaire depuis la disparition de Patrice DENIS qui avait eu un écho important. L’arrestation de Pierre CHANAL, alors que j’étais déjà à la Faculté avait, quant à elle, eu un retentissement phénoménal dans la région.


Cela fait maintenant dix ans que je suis ce qui restera indiscutablement le dossier marquant de mes premières années de carrière. Ces familles m’ont touché profondément. Elles sont la raison même de ce choix professionnel : la volonté de venir en aide.
Nous n’étions pas trop de deux pour réveiller ce monstre endormi, moribond. En effet, après avoir prêté serment le 13 décembre 1994, je consacre immédiatement un temps illimité à ce dossier. Je me donne pour mission de faire le siège du bureau du juge. L’euphorie de la mise en examen de juin 1993 n’est plus d’actualité. Je rencontre ainsi Pascal CHAPART, jeune juge d’instruction. Il vient, tout comme moi, de prendre  connaissance de ce peplum judiciaire. Ses premiers mots ne sont pas pour me rassurer : « que voulez  vous faire de plus ?  Ce dossier court au non-lieu ».


Nous avons alors formé toutes sortes de demandes d’actes (dont certaines peuvent aujourd’hui prêter à sourire ou à la critique par leur caractère fantaisiste ou inutile) dans le seul but de lui interdire de refermer ce dossier. Je ne pouvais pas imaginer annoncer aux familles qu‘elles devaient accepter un tel constat d’échec alors que nous tenions à coup sûr le coupable. L’avenir nous a donné raison même si CHANAL n’aura, en définitive, pas été condamné.
 
Mon intime conviction s’est en réalité forgée le 29 juin 1995, lors de la confrontation entre Monsieur et Madame DENIS et Pierre CHANAL. Après une après-midi harassante sous la chaleur d’un hangar de la gendarmerie à voir le juge CHAPART présenter aux familles les scellés du dossier, les parents de Patrice pensent reconnaître la veste de jean que leur fils portait le jour de sa disparition. Le magistrat organise immédiatement une mise en présence des parties dans un petit bureau. CHANAL entre et s’installe à quelques mètres de nous. J’admire encore aujourd’hui le courage de Roger et Jeannine DENIS qui ont silencieusement, en serrant les dents, affronté cet acte terrible consistant à demander à l’assassin de leur fils de mettre cette veste qu’ils pensaient avoir  reconnue.
 
Si CHANAL a montré une certaine maîtrise de la situation au départ, les choses se sont sérieusement compliquées pour lui, lorsqu’il s’est agi de passer l’épreuve de vérité : enfiler le blouson. CHANAL devint alors identique à l’image que nous connaissons tous : celle de son arrivée dans le box à Chalon-sur-saône sur un fond de toile rouge sang : le visage émacié, la glotte saillante ne cessant de monter et descendre et ses tics de la tête qu’il avance à intervalles réguliers compulsivement, tous indices trahissant un stress terrible. J’en comprends, dès cet instant, les raisons évidentes. Cette veste donne l’image d’un homme venant de remettre sa tenue de première communion. Elle ne lui arrive pas à la taille, les boutons ne se ferment qu’avec grande difficulté après blocage de la respiration, les manches n’atteignent pas, loin s’en faut, ses poignets et pour seule explication : «  j’aime les vêtements qui me moulent le corps, je peux ainsi les utiliser pour faire du parachutisme »…
Cette veste ne lui appartient pas, j’en suis convaincu. Les expertises ADN menées ultérieurement n’ont fait que renforcer cette conviction initiale.
 
Nous nous sommes battus, souvent seuls, pour que CHANAL puisse être renvoyé devant ses juges. Sans la pugnacité de certains, le Procureur Général TOUZET, les gendarmes TARBES et VAILLANT, le juge CHAPART, nous n’y serions pas parvenus. Pour autant, n’était-ce pas là leur mission première que d’identifier,  réunir les preuves et faire juger l’auteur de ces crimes terribles.
Le juge CHAPART  est la plus belle illustration de ce paradoxe. En travaillant consciencieusement ce dossier, il a pu finir par donner l’impression d’être un magistrat hors norme…


Ces efforts isolés ne masquent pas le désastre judiciaire général : des millions de francs dépensés (1,8 million pour la seule expertise ADN du CHU de Nantes), des années perdues, l’incompétence de certains, la malhonnêteté d’autres, pour une seule journée de procès, sans même l’accusé. En repartant sur Annonay  le 15 octobre en fin de matinée, Alain GACHE  me disait, désabusé « Tout ça pour ça ! ».
Eh oui, tout ça pour ça, c’est-à-dire pour rien, pas d’aveux sur les faits, pas de corps pour permettre aux familles de faire leur deuil, pas même de vérité judiciaire par le prononcé d’une condamnation pénale. Plus jamais ça !"

Ses publications

  • Chanal, la justice impossible
    paru en 2004.
    Défenseurs des victimes de Pierre CHANAL, Vincent DURTETTE et Gérard CHEMLA ont co-écrit ce livre au lendemain du suicide de Pierre CHANAL, comme un devoir de mémoire, de vérité et de justice.
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