Au tribunal de Troyes, six hommes relaxés de faits d’enlèvement en avril 2025 à Romilly-sur-Seine

Publié le 26 octobre 2026
L'Est éclair
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Ce mercredi 21 octobre, six hommes ont été jugés pour des faits d’arrestation, d’enlèvement et de séquestration commis à Romilly-sur-Seine, le 13 avril 2025. Trois d’entre eux ont également comparu pour des violences en réunion.

L’histoire commence dans un café de Romilly-sur-Seine, où une bande de copains se retrouve le dimanche matin. Ce jour-là, ils évoquent un sujet qui les préoccupe beaucoup : le cambriolage dont a été victime l’une de leurs proches. Son téléphone portable et sa tablette, qui contiennent toutes les photos de son défunt mari, ont notamment été volés. Une épreuve supplémentaire pour cette mère de quatre enfants, déjà fragilisée par un deuil récent.

Les quatre amis apprennent qu’un homme, Driton Helshani*, 46 ans, a mis en vente sur Internet l’un des objets dérobés : un instrument. Ils font alors appel à Said Saroukh*, 47 ans, qui connaît le vendeur, pour faciliter les échanges. Mais celui-ci n’est pas le cambrioleur. Les soupçons se portent sur un certain Maxence**. Les six hommes partent à sa recherche et le retrouvent. Ils lui posent un ultimatum : rendre les affaires ou aller à la gendarmerie.

Un visage tuméfié, trois jours d’incapacité totale de travail

Maxence monte alors à l’arrière d’une voiture, encadré par deux hommes. Avec son téléphone, il les guide vers différents lieux pour tenter de retrouver les objets volés. Il est frappé en amont ou au cours du périple, avant d’être redéposé là où le groupe l’avait trouvé. Les gendarmes, à qui on avait signalé un enlèvement, récupèrent Maxence, le visage tuméfié, et l’emmènent voir un médecin. Il prescrit trois jours d’ITT (Incapacité totale de travail) à la victime.

Le 21 octobre, à Troyes, les six hommes, dont seuls deux sont connus de la justice, ont été jugés pour enlèvement et séquestration suivis d’une libération avant le 7e jour. Trois étaient également poursuivis pour violences en réunion. À l’audience, les cinq prévenus présents ont contesté l’enlèvement. Deux ont reconnu avoir assené une gifle à la victime.

« On lui a donné un choix, c’est lui qui a décidé de nous rendre les affaires », indique l’un des prévenus à la barre. « Vous arrivez à six, vous pensez vraiment qu’il avait le choix ? », questionne le tribunal. Il admet que la victime a pu être « impressionnée », mais assure, comme les autres, qu’ils ont « agi sous le coup de l’émotion », sans intention de la séquestrer ni de lui faire du mal.

« Ce qui s’est passé dans ce dossier, ça s’appelle se faire justice à soi-même. J’entends leur émotion à la suite du décès de leur ami, mais où va-t-on si tout le monde joue le rôle des autorités ? »

Me Scribe, avocat de la partie civile, a insisté sur la contrainte subie par son client. « Maxence est quelqu’un de fragile, qui commet des larcins, et il a eu la mauvaise idée d’aller voler quelqu’un qui est proche de ceux-là, mais rien ne justifie qu’on l’attrape, qu’on lui tape dessus et qu’on le relâche une fois qu’on a récupéré ce qu’on devait récupérer. »

Dans ses réquisitions, la substitute du procureur estime : « Ce qui s’est passé dans ce dossier, ça s’appelle se faire justice à soi-même. J’entends leur émotion à la suite du décès de leur ami, mais où va-t-on si tout le monde joue le rôle des autorités ? » Selon elle, la contrainte est caractérisée par le nombre de personnes, leur ton véhément et les violences. Elle demande leur condamnation pour enlèvement et séquestration.

Pour la défense, personne n’a été contraint

Les trois avocats de la défense ne partagent pas cette analyse. « Il n’y a aucune matérialité des faits d’enlèvement dans le dossier, la victime refuse d’aller à la gendarmerie et les suit. Les images de la vidéosurveillance ne démontrent pas un enlèvement », indique Maître Laurie Bernardin. Me Babin, du barreau de Paris, pointe le parcours judiciaire de la victime : « C’était pire pour lui d’aller à la gendarmerie que de suivre des personnes soi-disant très menaçantes. » Il ajoute : « Il va les conduire sur les différents lieux où se trouvent les objets grâce à son téléphone, il va même passer un appel. »

Pour les avocats de la défense, le fait que la victime ait conservé son téléphone montre qu’elle était libre de ses agissements, libre de prévenir les forces de l’ordre. Me Harir, également du barreau de Paris, renchérit : « Ils y sont allés dans l’intérêt de rétablir la justice, pas pour commettre des violences, une séquestration ou un enlèvement. D’ailleurs, ils n’ont pas de téléphones de guerre, ils n’ont pas laissé leurs téléphones chez eux, ils ne sont pas cagoulés. »

Le tribunal a relaxé les six prévenus des faits d’enlèvement et de séquestration. Driton Helshani et Said Saroukh écopent de quatre mois de prison ferme avec mandat de dépôt pour les violences. Le troisième prévenu poursuivi pour ce délit, inconnu de la justice, est condamné à trois mois de prison avec sursis simple.

Laurie BERNARDIN
Avocat