Trois ans de prison pour avoir mortellement percuté un homme devant le tribunal de Béthune

Publié le 23 janvier 2026
La Voix du nord

Ambiance pesante, jeudi au tribunal de Béthune… À la barre, un jeune Fouquiérois de 23 ans jugé pour un homicide involontaire survenu le 27 novembre 2021. Derrière lui, soudée sur trois rangs du tribunal, la famille de Tarek Boustani qui a perdu la vie ce jour-là. Un procès qui s'est tenu à quelques mètres des lieux de l'accident, survenusur le passage pour piétons devant le tribunal.

Il était 19 h 15, le 27 novembre 2021. La nuit était tombée, la pluie était intense. Pendant qu'à quelques dizaines de mètres, le marché de Noël battait son plein, un drame s'est noué devant le tribunal, place Lamartine. Tarek Boustani regagnait la maison familiale, de l'autre côté de la route après avoir été achetée des huîtres. Parce que ce jour-là, il fêtait son anniversaire de mariage. Lui qui vivait au Togo était revenu chez sa mère, avec son épouse et ses filles pour l'occasion, et devait repartir le lendemain. Mais, alors qu'il traversait sur le passage pour piétons, il a été percuté par une Golf. Projeté à douze mètres, il a perdu la vie à l'âge de 46 ans, malgré les efforts des secours suite à un grave traumatisme crânien.

Le jeune automobiliste, un Fouquiérois alors âgé de 19 ans, n'était ni alcoolisé ni sous stupéfiants mais d'après des témoins, il roulait vite. Il aurait pourtant dit, en sortant de sa voiture : « Il s'est jeté sur ma voiture, je roulais à 30 », ce qu'il a confirmé au tribunal, ce jeudi, indiquant n'avoir « freiné qu'au moment du choc ». Mis en examen quelques jours plus tard, il a échappé à la détention provisoire et était, depuis, sous contrôle judiciaire.

« Chronique d'un drame annoncé »

Suite à l'accident, et un appel à témoin, de nombreuses personnes ont décrit la «conduite sportive » habituelle du jeune homme : de fortes accélérations, faire rugir son moteur en passant près de personnes âgées, d'avoir une conduite dangereuse près des lycées pour épater la galerie, etc. Même son frère aurait admis qu'il est « timide à la maison et tout puissant en voiture ». Le président résume : « C'est le comportement d'un conducteur qui a une conduite libérée, qui ne tient pas compte de son environnement ». S'il admet a minima à la barre, il a reconnu en garde à vue « être fan de la vitesse ». Le jour de l'accident, il reconnaît « ne pas avoir adapté ma vitesse et pas fait le nécessaire pour que ça n'arrive pas », mais il minimise encore la dangerosité de sa conduite. Interrogé par MeLaur, il explique qu'après l'accident, il était « complètement choqué. J'ai donné mon téléphone à quelqu'un pour appeler les secours ».

Mais Maître Pauline Manesse Chemla, avocate de la famille, insiste sur les témoignages parlant d'une conduite dangereuse, des rodéos autour de la Grand-place… « C'est à cause de gens comme lui qu'on fait évoluer la loi, qu'on parle d'homicide routier ». Et de clame : « Ce n'est pas un accident ! », dénonçant « une mécanique de prise de risques ». La procureure déplore que « c'est la chronique d'un drame annoncé. Il était connu dans tout Béthune ». Elle a requis une lourde peine : 5 ans de prison dont 2 avec sursis, avec un mandat de dépôt, et l'annulation de son permis, justifiant que « Si on laisse Monsieur dehors, il y aura de nouveaux faits ».

Des réquisitions « hors sol » pour Me Laur qui insiste : « Ce sont des faits accidentels etinvolontaires. » Déplorant qu'on « le présente comme un délinquant de la route » alors qu'il n'y avait pas d'alcool, pas de drogue, une vitesse que l'expert a établi à 58km/h, que son client n'a pas de casier, tous ses points sur son permis… Si beaucoup de témoins l'accablent sur sa conduite, l'avocat indique qu'il n'a eu, avant le drame, qu'un avertissement oral. « On aurait tous pu être à sa place le soir des faits », poursuit-elle avant de parler de ce jeune homme « introverti, renfermé et qui a du mal à s'exprimer », ce qui lui a été reproché au tribunal. L'avocat a plaidé contre une détention « qui n'aurait aucun sens » pour « un jeune homme qui se construit ».

Mais les juges ont condamné LF à trois ans de prison, avec une arrestation à la barre. Ils ont également annulé son permis de conduire avec l'interdiction de le repasser pendant 10 ans. Si les dommages et intérêts seront évoqués le 4 juin, il devra déjà payer 424 000 € de provisions et de frais de justice.

Le prévenu a fait appel de la décision du tribunal.

 

Par Stéphane Degouve, La Voix du nord