Un octogénaire condamné à cinq ans de prison pour le viol d’une fillette à Romilly-sur-Seine

Publié le 15 février 2026
L'Est éclair
LEst éclair

Plus de 80 ans séparent le prévenu de sa victime. Un octogénaire a été condamné pour le viol d’une fillette à Romilly-sur-Seine. Un dossier à l’origine criminel qui a été correctionnalisé dans le but d’obtenir un jugement rapide.

« C’est le démon de l’amour qui [l’a] chatouillé et qui s’est occupé de cette fillette. » C’est ainsi qu’un Aubois de 86 ans, jugé pour une agression sexuelle sur une mineure de moins de 15 ans, a justifié le vendredi 13 février, à Troyes, son comportement lors d’une de ses auditions. Car à l’audience, le discours est très différent. Il dit ne plus se souvenir de rien, ne plus se souvenir de ce qu’il a imposé à Aude (prénom d’emprunt), 4 ans et demi, le 2 janvier dernier.

Ce jour-là, le papa d’Aude se rend chez André Bonnomet, à Romilly-sur-Seine, une personne en qui il a toute confiance et qu’il considère presque comme un membre de la famille, pour l’aider à réparer sa chaudière. Il laisse sa fille avec le vieux monsieur, le temps d’aller voir ce qu’il en est mais revient seulement quelques minutes plus tard. À son retour dans la pièce, c’est le choc. Il comprend très vite que sa petite a été rhabillée à la va-vite et que quelque chose de très grave vient de se produire.

Le prévenu affirme n’avoir aucun souvenir
Et ce qui vient de se produire, c’est ni plus ni moins qu’un viol, bien que le dossier soit jugé sous la prévention « d’agression sexuelle » et au tribunal correctionnel. L’affaire a, en effet, été correctionnalisée pour permettre un jugement rapide compte tenu du grand âge du prévenu et des délais d’audiencement pour la cour criminelle (plusieurs années). Après un mois et demi de détention, c’est un vieux monsieur, assis dans un fauteuil roulant, qui s’est présenté devant le tribunal en visioconférence, le vendredi 13 février.

« Je ne me souviens pas, sincèrement », répond-il à presque toutes les questions du tribunal. André Bonnomet affirme d’abord ne même pas se souvenir de la petite fille, ni de ses parents. « Ça aurait pu être utile que vous vous rappeliez vu la gravité des faits. Je vais continuer à synthétiser ce qui s’est passé et nous allons espérer que la mémoire va vous revenir », indique la présidente du tribunal, avant de lire ses précédentes déclarations, où il reconnaît les faits. Mais le prévenu ne modifiera pas – ou très peu – son positionnement à l’audience.

Dix minutes qui vont changer la vie d’une fillette
Ce manque d’explications, c’est terrible pour les parents. « On se connaît depuis vingt ans, Dédé, je t’ai toujours sorti de la merde et tu me fais ça, jamais je ne te le pardonnerai », s’emporte le papa d’Aude. « En l’espace de dix minutes, on a une scène absolument terrible », souligne Maître Wagnon-Horiot, à la partie civile, « et le papa assiste presque en direct à quelque chose d’effroyable ». L’avocate insiste encore sur la détresse de la maman et les répercussions certaines à venir pour Aude, à l’adolescence.

La substitut du procureur rappelle que le délit reproché est puni de dix ans d’emprisonnement maximum. Et s’il faut prendre en compte l’altération du discernement relevé par l’expert-psychiatre qui a rencontré André Bonnomet, elle le dit sans détour : « C’est une réalité que ce monsieur est âgé et qu’on ne sait pas combien de temps il va vivre, mais il faut une réponse ferme pour des faits aussi graves. » La magistrate requiert cinq ans de prison ferme avec maintien en détention et un suivi socio-judiciaire durant trois ans.

Un prévenu diminué à l’audience
« C’est un vieux monsieur qui est complètement anéanti par son placement en détention provisoire. Le jour de son déferrement, il marchait », plaide Maître Chevalot-Sylvestre, à la défense. Et s’il ne nie pas que les faits reprochés à son client « sont sordides et d’une gravité incroyable », l’avocat questionne : « Faut-il vraiment condamner un monsieur de 86 ans à cinq ans de prison ? » Le tribunal a répondu par la positive en suivant les réquisitions du parquet.

Par Orianne Roger pour l'Est-Eclair