Viols et agressions sexuelles sur une trentaine de patientes : un ostéopathe bientôt jugé aux assises

Publié le 22 février 2026
Les DNA

Maître Anne-sophie Wagnon Horiot, avocate pénaliste, défend une des victimes de cet osthéopathe dont elle était une patiente régulière. 

Un ostéopathe de 37 ans qui exerçait dans l’Eurométropole de Strasbourg est accusé de violences sexuelles sur une trentaine de patientes. Le praticien se retranche derrière des gestes à visée thérapeutique en dépit des déclarations des victimes et des règles qui régissent la profession.

Eva (*) avait déjà consulté l’ostéopathe par le passé et ses douleurs s’étaient estompées. Alors quand elle a commencé à avoir des vertiges, en 2019, elle s’est naturellement adressée à lui. « La séance va être intense », a annoncé le praticien, tandis que la femme d’une quarantaine d’années s’allongeait en sous-vêtements sur la table d’auscultation. Il a placé sa main au niveau de son pubis, sous la culotte, en lui demandant de mettre la sienne par-dessus, de façon à pouvoir sentir ce qu’il faisait. C’était la première fois qu’il agissait de la sorte avec elle, mais Eva, quoique surprise, l’a laissé continuer : elle était en confiance.

L’ostéopathe l’a invitée à se détendre, à respirer régulièrement et bruyamment, en gardant les yeux fermés. Il a lentement fait descendre sa main non gantée et a introduit ses doigts dans le vagin de la patiente, qui est restée tétanisée. En les
retirant, il s’est écrié : « Vous avez senti ? L’âme de votre maman était coincée dans votre utérus et elle vient de sortir, je l’ai libérée ! »

À en croire l’enquête méticuleuse menée par les gendarmes, Eva n’a rien d’un cas isolé. Le questionnaire qu’ils ont envoyé à l’ensemble des 470 patients listés dans le fichier de l’ostéopathe leur a permis d’identifier 29 victimes, toutes féminines. Huit
d’entre elles ont dénoncé des viols digitaux, vingt-et-une auraient subi des agressions sexuelles sans pénétration. Âgées de 23 à 77 ans au moment des faits, elles ont, pour certaines, été agressées au cours de leur premier rendez-vous ; d’autres, à l’instar d’Eva, avaient déjà fait appel à lui, parfois à de multiples reprises, sans avoir subi de gestes illicites.

Inventorier les motifs de consultation révélés par les 29 plaignantes offre un aperçu des dérives de l’ostéopathe : que la patiente fasse état de douleurs à l’épaule, au dos, à la mâchoire, au genou, ou encore de céphalées, ce dernier centrait sa manipulation sur les parties intimes. Une retraitée qui avait déjà été soulagée chez lui est retournée le voir en 2020 pour son mal de dos. « Ça doit être le péritoine », lui a lancé le praticien à brûle-pourpoint, sans l’avoir examinée. À une autre patiente souffrant d’une tendinite à l’épaule, il a expliqué qu’il devait « travailler les chakras de la tête jusqu’au pubis ».

Plusieurs femmes ont expliqué aux gendarmes qu’elles avaient eu le sentiment d’avoir été masturbées et que le praticien avait pris du plaisir à les toucher. Une patiente de longue date a décrit une séance très inhabituelle, avec musique douce et lumière tamisée. L’ostéopathe aurait glissé sa main sous son collant puis, après plusieurs minutes de mise en confiance, l’aurait pénétrée digitalement et aurait essayé de l’embrasser. La quadragénaire aurait eu un mouvement de recul, il se serait excusé. Elle avait à l’époque renoncé à le dénoncer en se disant que ce serait  parole contre parole et qu’elle ne serait pas crue.

Lors de ses interrogatoires devant les gendarmes ou la juge d’instruction, l’homme a invoqué des gestes à visée strictement thérapeutique. Dans le cas d’Eva par exemple, il a admis une pénétration digitale avec une demi-phalange, après avoir
recueilli son consentement préalable. Un geste selon lui dépourvu de connotation sexuelle, destiné uniquement à la libérer de ses tensions. Sauf que le décret de 2007, qui encadre l’exercice de l’ostéopathie, est on ne peut plus clair : seules les manipulations externes sont autorisées. Dans son troisième article, le texte prohibe d’ailleurs expressément les « manipulations gynéco- obstétricales » et les « touchers pelviens », quand bien même la patiente aurait acquiescé à de tels gestes. La juge d’instruction en a conclu que le praticien « ne saurait se retrancher derrière le pseudo-consentement de ses patientes pour se dédouaner de sa responsabilité ».

Antoine Bonin, les DNA