116 morts, dont une famille ligérienne, lors du crash d'un vol Air Algérie au Mali : le procès de la compagnie aérienne débute 12 ans après le drame
La famille Reynaud - grand-père, ex-épouse, fils, belles-filles, petits-enfants - en tout dix personnes résidant dans la région ont péri dans l'accident du vol AH5017, un avion d'Air Algérie. Au total, les 116 ont été victimes de cette catastrophe aérienne survenue au Mali en juillet 2014. Un procès commence ce lundi 9 mars 2026, à Paris. Le procès doit durer jusqu'au 2 avril.
À partir de ce lundi 9 mars, débute devant le tribunal correctionnel de Paris, le procès de la compagnie aérienne espagnole Swiftair, jugée pour "homicides involontaires par personne morale". Au cœur des débats : un présumé déficit d’entraînement des pilotes saisonniers du vol AH 5017. Swiftair était la propriétaire du McDonnell Douglas MD-83, qu'elle avait loué à Air Algérie avec son équipage et qui s'est écrasé en juillet 2014 au Mali.
Famille ligérienne décimée
Ce 24 juillet 2014, un avion de la compagnie espagnole Swiftair, affrétée par Air Algérie s’écrasait dans le nord du Mali, en plein Sahel. L’avion avait décollé de Ouagadougou au Burkina Faso et faisait route vers Alger puis Paris. À son bord 110 passagers dont 54 Français, 23 Burkinabés, des Libanais, des Algériens et six membres d'équipage, tous espagnols.
Parmi les victimes figuraient dix personnes d’une même famille originaire de la commune de Lorette, dans la Loire. La famille Reynaud était partie en vacances. Elle a été décimée lors du tragique crash du Mc Donnel Douglas du vol AH5017. Bernard Reynaud, un retraité de l'industrie, vivait à Lorette. Sa fille s'était établie au Burkina. Éric et Estelle Reynaud, deux travailleurs frontaliers d'une quarantaine d'années, ainsi que leurs enfants, Alexis et Zoé, scolarisés au collège vivaient à Gex, près de la frontière suisse. Quatre autres membres de la famille Reynaud vivaient à Chambéry : les parents quadragénaires Franck, Laure et leurs deux enfants Nathan, 16 ans, et Julia, 14 ans.
Investigations
En pleine nuit, alors que l'aéronef traversait une zone intertropicale orageuse, la non-activation du système d'antigivrage avait conduit à la formation de cristaux de glace dans des capteurs de pression, entraînant la décélération automatique des moteurs, sans réaction appropriée de l'équipage et jusqu'au décrochage fatal. À l’issue des investigations, les juges d'instruction français avaient estimé que "divers manquements de la part de la compagnie" avaient joué un rôle dans l'accident, en particulier une "formation lacunaire" de l'équipage qui ne lui avait "pas permis" de "réagir de manière adaptée et d'éviter l'accident".
Les juges avaient estimé que Swiftair devait être jugée pour "homicides involontaires par négligence et imprudence", faute d'avoir assuré "une formation suffisante à l'équipage, ce qui a contribué à sa non-perception des conditions de vol extérieures, à sa non-appréhension de la détérioration des paramètres moteurs, à sa non-utilisation des moyens de protection de l'aéronef et à son manque de réaction adaptée face à l'apparition du décrochage".
Au contraire, la compagnie madrilène a fait valoir que l'accident résulte d'une combinaison de facteurs extérieurs, notamment "les lacunes du manuel de vol sur la particularité du givrage par cristaux de glace" et "les lacunes de Boeing et de l'Agence européenne de la sécurité aérienne (AESA) sur le décrochage qui intervient soudainement sans alarme préalable".
"L'enjeu essentiel est de comprendre très précisément la dynamique et les causes de l'accident qui a endeuillé tant de familles françaises (...) et de pouvoir déterminer les responsabilités dans l'origine de cet accident; et notamment l'absence ou la difficulté de formation délivrée par la société Swiftair", explique Maître Sébastien Busy, avocat des familles de victimes.
Procès 12 ans après le crash
De ce drame une association est née, constituée par les proches des victimes « AH 5017-Ensemble ». La compagnie aérienne madrilène Swiftair, créée en 1986, a plusieurs fois retardé le procès, notamment en saisissant la Cour de Justice de l'Union européenne afin de suspendre la procédure en France. La compagnie, qui fait valoir qu'elle a bénéficié d'un non-lieu à l'issue d'une enquête en Espagne, voulait que la justice européenne tranche.
"On est stressé et soulagé. On attend de savoir pourquoi et peut-être que ça serve d'exemple, pour que ça ne se reproduise pas," explique un proche de la famille Reynaud. Douze ans après ce crash meurtrier, c’est un soulagement pour les familles des 116 victimes et un premier aboutissement pour ces familles endeuillées.
"La compagnie aérienne Swiftair a tout fait pour que ce procès n'ait pas lieu. Jusqu'au dernier moment on a douté. Tous les moyens juridiques mis à leur disposition ont été utilisés pour que ce procès n'ait pas lieu. Donc quand je dis enfin, c'est que la réalisation de ce procès est déjà une victoire en soi", estime Sandrine Tricot, présidente de l'association AH-5017.
Le procès devrait durer quatre semaines et se terminer le 2 avril prochain.
Par Dolores Mazzola et AFP