20 ans de prison pour le violeur de Montgueux

Publié le 08 mars 2025
L'Est éclair
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La peine maximale encourue, deux ans de plus que le quantum requis : Dylan Hilaire a été condamné par la cour criminelle départementale à la lourde peine de 20 ans, ce vendredi, pour différents viols et agressions sexuelles dont ceux de Montgueux du début de l’automne 2022. Une condamnation qu’il a accueillie sans broncher après trois jours de débats.

« Si j’avais pu vous montrer la vidéo, si elle n’avait pas disparu, vous auriez vu que T. (la première victime féminine de Montgueux) ne pleurait pas pendant la relation sexuelle » : Dylan Hilaire a conclu sa comparution devant la cour criminelle comme il l’avait débutée, de la manière la plus inélégante qui soit. Encore une fois, dans son esprit, le viol n’était pas une possibilité. Sa personnalité, « son sentiment grandiose de soi », son besoin d’être constamment admiré sexuellement, son identité qui n’existe que par sa sexualité, ont conduit les experts à confirmer son impossibilité à assumer un viol. Forcément, la relation ne peut qu’être consentie, l’autre ne peut qu’être admirative face aux attributs grandioses dont l’aurait doté la nature. Au premier jour du procès, l’enquêtrice de la section de recherches de Reims s’en était d’ailleurs étonnée : « En vingt ans de carrière, je n’avais jamais rien entendu de tel, qu’un mis en cause demande à la fin d’une audition, de vérifier si la victime ne l’a pas complimenté sur son sexe. »

À Montgueux pour regarder des vidéos
Pour les premières agressions de Montgueux, au cours desquelles T. et S. avaient été contraints à une relation sexuelle ensemble avant que T. ne soit violée à plusieurs reprises, Dylan Hilaire ne nie pas. Il ne le peut pas, son ADN a été décelé sur la jeune femme. Il évoque donc une relation consentie. Mais sur le contexte, la raison de sa présence, seul, sur un chemin isolé, en pleine nuit, c’est embrouilles et compagnie. Une version farfelue, puis une autre. « Il ne leur a rien épargné, à ses victimes, pas même ses déclarations », a constaté Maitre Wagnon, avocate des trois jeunes femmes victimes dans la procédure.

Deux nuits plus tard, pour les mêmes faits commis sur un autre couple, Dylan Hilaire nie purement et simplement. S’il s’est bien rendu à Montgueux, il n’a fait qu’y visionner des vidéos dans sa voiture avant de regagner son domicile. Or, comme les enquêteurs l’ont démontré, son téléphone est resté inactif précisément pendant les créneaux des deux agressions nocturnes, dans les nuits du 23 au 24 et du 25 au 26 septembre 2022. Pas d’explications : « J’ai regardé des vidéos sur YouTube, je ne sais pas quoi vous dire d’autre. »

18 ans requis
Même position pour le viol de l’une de ses anciennes petites copines, commis à l’arrière de sa fourgonnette professionnelle, dans la campagne arcisienne, l’été précédant les viols de Montgueux. Fort heureusement, pour contrer l’argument du consentement éclairé, la jeune femme a eu la présence d’esprit d’enregistrer la scène avec son téléphone. Résultat : plus de 20 minutes « de pleurs, de suffocations, de haut-le-cœur, de cris étouffés » et de supplications à plus de 40 reprises. Peu importe, « vous n’avez pas l’image, elle surjouait parce qu’en vrai, elle souriait pendant les actes ». Toujours cette nécessité, comme l’a déploré l’avocate générale, « de romancer à la manière du film pornographique dont il aime se présenter en tant qu’acteur ». En raison « d’une multitude d’éléments concordants » – dont les déclarations constantes et similaires des victimes, le mode opératoire identique – elle requiert un quantum lourd, deux ans de moins que la peine maximale : dix-huit ans de réclusion criminelle ainsi que quinze d’interdiction de port d’arme, dix d’inéligibilité, dix de suivi sociojudiciaire et cinq d’interdiction de paraître dans le département.

Un autre homme reconnu sur tapissage
Maitre Pierrot, en défense, n’a vraiment pas la tâche facile. Desservi par son propre client, son pire ennemi pendant trois jours, il a toutefois dû s’astreindre à pratiquer le droit pour considérer que la circonstance aggravante de l’arme, pour le premier viol perpétré à Montgueux, devrait être écartée. « Aucun résidu de tir, aucune munition retrouvé, vous devrez considérer que l’arme n’a pas été utilisée. » Pour les seconds faits de Montgueux, ceux que Dylan Hilaire nie, le conseil troyen a émis de sérieux doutes. « Sur tapissage, les victimes reconnaissent un autre homme au début », rappelle-t-il. « Et pourquoi reconnaîtrait-il les premiers faits et pas les seconds », a-t-il questionné. Peut-être parce qu’il n’y avait ni ADN ni vidéo. Deux éléments primordiaux pour le jeune accusé.

À l’énoncé du verdict, vendredi, celui-ci n’a pas cillé.

 

 

Anne-Sophie WAGNON HORIOT, avocate à Troyes
Anne-Sophie WAGNON HORIOT
Avocat associé