À Reims, l’association des maisons de quartier secouée par des contestations
Alors qu’un collectif dénonce une gouvernance opaque et soutient l’ancienne directrice de la structure d’Orgeval, licenciée cet été, la présidence de l’association des maisons de quartier assure que tout rentre dans l’ordre peu à peu et dénonce « une désinformation ».
Les maisons de quartier ont traversé une période de turbulences ces derniers mois et les interrogations autour de leur fonctionnement persistent. Au cœur de l’été, le licenciement de la directrice de la structure d’Orgeval, Laëtitia Vignau, a provoqué une vive polémique, qui n’est pas éteinte, comme en témoigne la création d’un collectif, s’exprimant via une page Facebook, et fustigeant une opacité dans la gestion de l’association des maisons de quartier de Reims (AMQR). Dans le collimateur : Éric Raffin, arrivé en juin 2025 à la présidence, ainsi que le directeur général, Gilles Villoteau, en place depuis bientôt quatre ans.
Selon le premier des deux, les choses rentreraient pourtant dans l’ordre. D’abord au niveau des comptes, alors que ceux de 2024 et 2025 n’ont pas été déposés en préfecture de l’aveu de M. Raffin. Il s’agirait, selon lui, d’un « problème technique » plus que d’une mauvaise volonté, mais l’impair n’est pas passé inaperçu. Au niveau du personnel une nouvelle directrice va arriver prochainement à Orgeval, et une autre a été embauchée à Wilson (lire par ailleurs) où le directeur précédent a été congédié, lui aussi. « Mais les deux licenciements sont deux affaires complètement différentes », assure M. Raffin. Dans un communiqué, mi-août, l’AMQR niait l’existence « d’une liste noire de directeurs et directrices menacés dans leurs fonctions ».
« Désinformation »
Le président de l’AMQR affirme que la maison d’Orgeval a retrouvé un rythme de croisière, avec « un fonctionnement normal à 90 %. » Et fustige « la désinformation sur les réseaux sociaux », indiquant qu’il a donné des éléments lors du dernier comité des financeurs, ce vendredi 16 octobre, réunissant notamment la caisse d’allocations familiales et la Ville.
De son côté, le collectif de défense de Mme Vignau n’a pas le même son de cloche : « Des difficultés concernant la continuité de certaines activités et des services destinés aux habitants, aux jeunes et aux familles nous ont été signalées. » D’autres accusations sont également livrées en place publique, visant la direction de l’AMQR, à qui il est reproché notamment un management autoritaire, de nature à distiller la peur, et un éloignement des valeurs de l’éducation populaire. « On m’a même reproché de faire rentrer le RN dans l’association », confie M. Raffin, qui dénonce des « calomnies ».
«Je reçois encore énormément de messages de soutien tous les jours »
Ce dernier, qui est avocat, est aussi visé sur un plan plus personnel, puisque son cabinet est prestataire de conseils à l’AMQR, ce qui a été souligné lors de la dernière assemblée générale. « Cette double position soulève des questions légitimes sur l’indépendance des rôles et la prévention des conflits d’intérêts », note le collectif. « La convention de conseil existe avec l’association depuis plusieurs années, avant que j’en prenne la présidence et la direction générale a souhaité continuer. C’est au vu et au su de tout le monde », désamorce Éric Raffin, qui précise que l’association n’est engagée actuellement dans aucun contentieux.
Le cas de figure pourrait néanmoins se présenter rapidement puisque Laëtitia Vignau devrait s’engager rapidement dans une procédure prud’homale (et elle pourrait ne pas être la seule), comme l’a confirmé à L’union son avocat Maître Gérard Chemla. « Je vis très difficilement ce licenciement que je juge abusif », indique l’ex-salariée. Pour rappel, l’AMQR fait état d’un renvoi pour « insuffisance professionnelle », quand l’intéressée évoque de son côté du harcèlement et des désaccords de fond. Une manifestation en sa faveur s’était tenue fin juillet, réunissant une soixantaine de personnes. « Je reçois encore énormément de messages de soutien tous les jours », certifie Laëtitia Vignau. « Je ne dis pas que c’est une mauvaise personne, elle a ses qualités, mais elle ne voulait pas remplir certaines fonctions inhérentes à sa fonction. Nous avons essayé de l’accompagner pendant 18 mois », argumente M. Raffin.
« Nous avons un droit de regard »
L’actualité mouvementée des maisons de quartier a été abordée au cours du dernier municipal, le 28 septembre, à la suite d’inquiétudes formulées par l’élue d’opposition Évelyne Bourgoin (Europe Écologie-Les Verts). « Nous travaillons au quotidien avec l’association », fait savoir Kim Duntze, adjointe chargée des maisons de quartier. Si la majorité n’a pas souhaité commenter certaines critiques visant directement M. Raffin, le maire Arnaud Robinet (Horizons) a néanmoins rappelé que la collectivité donnait environ six millions d’euros par an à l’association. « Nous avons un droit de regard. Les inquiétudes, nous les partageons à 100 % ». Façon de dire que le sujet n’est pas pris à la légère. « Nous n’oublions pas que nous devons rendre des comptes à nos partenaires », tient à rassurer le président de l’AMQR.
Olivier Durand, l'Union