Aux assises de l’Aube, la souffrance infligée au petit Issa décrite par les médecins

Publié le 08 décembre 2025
L'Est éclair
LEst éclair

Décédé six semaines après sa naissance, Issa a succombé d’un « traumatisme crânien grave » consécutif « d’un choc violent non accidentel » selon le médecin légiste. Le bébé a aussi été secoué comme l’attestent les lésions cérébrales. Des fractures aux cotes et à une jambe ont également été relevées. Des blessures « à des âges différents ». Ce qui indique plusieurs épisodes de violences durant sa courte vie.

La matinée de lundi a été l’occasion pour la cour d’assises de revenir sur la souffrance infligée au petit Issa. Le médecin légiste est revenu en détail sur les conclusions de l’autopsie réalisée sur le nourrisson décédé le 16 juin 2022. Un moment difficile.

Selon lui, Issa est mort « d’un traumatisme crânien grave » consécutif « d’un choc violent non accidentel » sur une surface « dure, anguleuse ». Dans le détail, il a été victime d’une fracture de l’os pariétal gauche du crâne.

Autrement dit, Issa n’a pas été simplement cogné par inadvertance sur un accoudoir ou n’est pas tombé d’un lit. « Ce n’est pas une maladresse », précise le médecin.

Hémorragies cérébrales

Selon des experts pédiatres, le décès du petit garçon a surtout été causé par d’autres lésions « caractéristiques » d’un bébé qui a été violemment secoué quelques jours avant sa mort. Les examens ont révélé qu’Issa a été victime « de plusieurs hémorragies cérébrales » et une hémorragie rétinienne. Il présentait des hématomes sous-duraux et souffrait d’hypertension intracrânienne. Selon eux, le nourrisson n’a pas été victime d’un épisode unique de secouement le 12 juin, le jour de son hospitalisation, mais également d’épisodes antérieurs. Ce qui correspond aux « deux ou trois reprises » évoquées par le beau-père d’Issa.

Un écrasement avec le pied ?

Les radiographies réalisées sur Issa ont aussi révélé plusieurs fractures. Des côtes ont été cassées. Comment l’expliquer ? Les experts médicaux entendus lundi par la cour ont présenté deux hypothèses différentes. « Ces fractures sont compatibles avec un écrasement de la cage thoracique avec un pied, ce qui correspond en termes de surface. Cette hypothèse de travail est orientée par l’aspect symétrique des lésions qui découlent d’un choc unique, violent et centré », indique le légiste.

Pour la pédiatre, ces blessures s’expliquent plutôt par le fait que le nourrisson a été saisi par les côtes et serré dans le cadre d’un secouement, comme avoué par le beau-père.

Enfin, Issa présente deux fractures au niveau du tibia de la jambe gauche, en cours de consolidation, qui remontent plusieurs semaines avant le décès. Sur les deux tibias, des signes d’arrachements osseux « typiques de maltraitance », selon une experte en radiologie, ont également été observés. Des arrachements compatibles avec un mouvement de torsion. « Comme si l’enfant avait été saisi par la cuisse et la jambe » et dont les membres inférieurs auraient été « tordus », estime le légiste.

Autant de sévices qui ont occasionné des souffrances au nourrisson. Jusqu’à son hospitalisation, à Troyes puis à Reims, et sa sédation nécessaire pour réaliser les examens afin de tenter de le sauver. Puis, pour son confort : « Aviez-vous une chance de le sauver au CHU de Reims ? A-t-il souffert ? », questionne Me Anne-Sophie Wagnon-Horiot, avocate du papa d’Issa, partie civile. « Non, répond la pédiatre rémoise. Son état neurologique était trop grave. Une fois sédaté, il n’a plus souffert ».

 

Anne-Sophie WAGNON HORIOT, avocate à Troyes
Anne-Sophie WAGNON HORIOT
Avocat associé