Cour criminelle : les « deux visages » de Quentin, accusé de viols et violences

Publié le 12 décembre 2025
L'Est éclair
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Un Aubois de 28 ans est accusé de violences conjugales et de viols sur plusieurs ex-compagnes. Après une première journée de témoignages, le jeune homme reconnaît les violences mais conteste les viols.

L'audience est à huis clos dans la salle où Quentin, un Aubois de 28 ans, est jugé pour viols sur deux ex-conjointes et pour violences conjugales. La première journée s’est conclue par les déclarations d’Amélie*, sa dernière compagne et la seule qui s’est constituée partie civile, et par celles de l’accusé.

Les témoins successifs ont brossé le portrait d’un jeune homme « aux deux visages ». Un garçon « doux, gentil, drôle », qui a connu une enfance difficile. Mais aussi celui d’un conjoint « violent, colérique, agressif, intolérant à la frustration », dont les trois relations examinées par la cour ont été ponctuées de violences. Le cousin de l’accusé, dans des réponses brèves et lacunaires, a peiné à montrer le « bon côté » de son cousin, qu’il défend pourtant fermement. « Je n’étais pas là, mais je sais qu’il n’y a pas eu de viol, il me l’a dit », a-t-il notamment déclaré.

Elles sont trois ex-compagnes à avoir eu le courage de témoigner. Claire* a préféré la visioconférence pour ne pas être confrontée à l’accusé. C’est dans un contexte de séparation que la violence de Quentin a déferlé sur elle. Insultes, strangulation, chantage au suicide…

Accompagnée en douceur par les questions de la présidente de la cour criminelle, Émilie Philippe, Claire a verbalisé avoir réalisé a posteriori que certains rapports sexuels n’étaient pas consentis, bien qu’elle « ne puisse pas le prouver ». Elle n’a pas souhaité se constituer partie civile lors de ce procès, « par peur des représailles ».

Quand vint le tour de Jessica*, la mère du fils de Quentin qu’elle a eu alors qu’ils étaient séparés, la cour a entendu que les violences conjugales étaient systémiques chez le jeune homme. Jessica a fait état de crises de colère, de jalousie, de gifles, d’étranglements.

Maître Anne-Sophie Wagnon-Horiot, l’avocate d’Amélie, l’a interrogée sur le Nouvel An de 2020. Une nuit pendant laquelle Quentin a « tout détruit chez eux, y compris ma mâchoire ». L’avocat général Alexis Simoes l’a ensuite questionnée sur sa définition du viol, mais elle a réfuté ce terme. « Quentin est quelqu’un de bien sauf quand il est violent et je ne veux pas ça pour mon fils. », a-t-elle conclu.

À la barre, la voix d’Amélie tremble mais ne ploie pas quand elle raconte la relation qu’elle a entretenue avec Quentin, pendant laquelle se sont progressivement installées les violences physiques et psychologiques. Son avocate n’a pas quitté son côté pour mettre une distance physique entre sa cliente et l’accusé. D’abord mis en examen pour « tentative de meurtre sur conjoint » car il l’aurait menacée de mort avec un fusil de chasse, celui-ci a été placé en détention provisoire en mai 2023.

Amélie a décrit un quotidien où elle est cantonnée aux tâches ménagères. Un quotidien où elle est peu à peu isolée de sa famille, de ses amis, car son conjoint lui interdit de sortir, sous peine de disputes aux issues violentes. D’abord des coups de poing dans le mur, dont le placoplâtre conserve encore les stigmates. « Un soir, il s’est tapé la tête contre le carrelage de la salle de bains », explique-t-elle à propos d’une altercation. Après les insultes, les menaces et les interdictions, les coups arrivent.

Au moment d’évoquer les viols, le silence emplit la salle. Quentin garde la tête baissée alors que les larmes coulent sur les joues d’Amélie. Plusieurs rapports sexuels lui auraient été imposés sous la contrainte, malgré ses refus répétés. L’un d’eux aurait été commis le soir même d’une opération chirurgicale. Elle a perdu connaissance le lendemain suite aux saignements abondants. C’est grâce à l’appui d’une amie gendarme, et « pour montrer l’exemple à sa fille », qu’Amélie trouve la force de porter plainte.

« Je suis violent mais pas un violeur »

Quentin a été entendu en dernier. « Je tiens à m’excuser auprès de Jessica, Claire et Amélie. J’aurais mieux fait de rester seul plutôt que de faire du mal. » Ses excuses, que seule Amélie, présente dans la salle, a pu entendre, ont vite été balayées par sa contestation des viols. Malgré les questions de la présidente, de l’avocat général, et des avocates – y compris la sienne. Les insultes ? Oui. Les violences ? Oui. Mais les viols ? Non. « Je suis violent mais pas un violeur » a-t-il juré devant la cour.

Alors que Maître Wagnon-Horiot a qualifié de « traque » la trentaine d’appels passés à sa cliente le jour de son dépôt de plainte, l’avocat général, Alexis Simoes, a bousculé le prévenu sur sa définition du consentement.

Jeudi soir, s’il a admis avoir pu « mal interpréter certaines situations », Quentin contestait tout rapport imposé par la force. C’est donc sur la question des viols que les débats porteront ce vendredi. Les expertises psychologiques des deux protagonistes seront évoquées, suivies par les réquisitions de l’avocat général et les plaidoiries des avocates.

Anna Maréchal 

Anne-Sophie WAGNON HORIOT, avocate à Troyes
Anne-Sophie WAGNON HORIOT
Avocat associé