Crash d’un vol Air Algérie : la compagnie Swiftair jugée ce lundi, douze ans après l’accident qui a fait 116 morts

Publié le 09 mars 2026
Ouest France

Le 24 juillet 2014, l’avion qui effectuait le trajet Ouagadougou-Alger s’était écrasé en plein Sahel, avec à son bord 110 passagers dont 54 Français, 23 Burkinabés, des Libanais, des Algériens et six membres d’équipage. La compagnie est jugée à partir de ce lundi 9 mars, pour quatre semaines, pour « homicides involontaires ».

Les experts ont mis en cause la non-activation du système d’antigivrage qui avait mené au décrochage fatal, le 24 juillet 2014. Près de 12 ans après le crash d’un avion Air Algérie au Sahel, le procès de la compagnie espagnole Swiftair pour « homicides involontaires » s’ouvre ce lundi 9 mars 2026, pour quatre semaines devant le tribunal correctionnel de Paris.

La compagnie espagnole Swiftair, propriétaire du McDonnell Douglas MD-83, qu’elle avait loué à Air Algérie avec son équipage, se trouve sur le banc des prévenus.

L’appareil qui effectuait le vol AH5017 Ouagadougou-Alger s’était écrasé en plein Sahel, dans le nord du Mali, avec à son bord 110 passagers dont 54 Français, 23 Burkinabés, des Libanais, des Algériens et six membres d’équipage, tous de nationalité espagnole. Aucun n’avait survécu.

Le drame s’est noué en pleine nuit, alors que l’aéronef traversait une zone intertropicale orageuse. L’enquête a permis de déterminer que la non-activation du système d’antigivrage sur l’appareil avait conduit à la formation de cristaux de glace dans des capteurs de pression, entraînant la décélération automatique des moteurs, puis le crash.

Les juges d’instruction français avaient estimé, à l’issue des investigations, que « divers manquements de la part de la compagnie » avaient joué un rôle dans l’accident, en particulier une « formation lacunaire » de l’équipage qui ne lui avait « pas permis » de « réagir de manière adaptée et d’éviter l’accident », rapporte l’Agence France-Presse (AFP).

Ils avaient estimé que la compagnie Swiftair devait être jugée pour « homicides involontaires par négligence et imprudence », faute d’avoir assuré « une formation suffisante à l’équipage, ce qui a contribué à sa non-perception des conditions de vol extérieures, à sa non-appréhension de la détérioration des paramètres moteurs, à sa non-utilisation des moyens de protection de l’aéronef et à son manque de réaction adaptée face à l’apparition du décrochage ».

Au contraire, la compagnie madrilène, créée en 1986 et qui possède une flotte d’une cinquantaine d’avions, fait valoir que l’accident résulte d’une combinaison de facteurs extérieurs, notamment « les lacunes du manuel de vol sur la particularité du givrage par cristaux de glace » et « les lacunes de Boeing et de l’Agence européenne de la sécurité aérienne (AESA) sur le décrochage qui intervient soudainement sans alarme préalable ».

Cette audience clôt un parcours judiciaire chaotique de douze années. L’AFP rappelle qu’à l’automne, Swiftair avait ainsi à nouveau demandé à la justice française de transmettre des questions préjudicielles à la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE), qui avait jugé en avril 2025 une première série de questions irrecevables tout en estimant qu’une nouvelle demande pouvait lui être soumise.

La compagnie, qui fait valoir qu’elle a bénéficié d’un non-lieu à l’issue d’une enquête en Espagne, voulait que la justice européenne tranche. Elle pointait la question de l’applicabilité du principe du non bis in idem, selon lequel nul ne peut être poursuivi ou puni deux fois pour les mêmes faits.

Le tribunal correctionnel de Paris avait rejeté cette nouvelle demande, estimant que l’affaire en question n’avait pas de « lien concret » avec le droit de l’Union européenne, et ouvert ainsi la voie à un procès.

« Il est regrettable de ne pas avoir purgé cette question ainsi que le recommandait la CJUE dans son arrêt d’avril dernier », avaient déploré auprès de l’AFP les avocats de Swiftair, Rachel Lindon et Louis Falgas. « Elle restera pendante tout au long de la procédure. Dorénavant c’est avec un tribunal qui prétend que l’homicide involontaire poursuivi n’a aucun lien avec le droit de l’Union, celui-là même qui prévoit la formation des pilotes en Europe notamment, que nous nous présenterons à l’audience en mars », avaient-ils ajouté.

L’avocat des associations parties civiles AH5017-Ensemble et Fenvac, Maître Sébastien Busy, avait au contraire fait part de son « soulagement » qu’un procès se tienne.

Dans un post publié sur Facebook le 3 mars, l’association AH5017-Ensemble déplorait que « Swiftair n’a jamais endossé ses responsabilités, ne montrant pas la moindre compassion envers les victimes ». « Elle a, au contraire, constamment tenté de s’exonérer définitivement de toute responsabilité, préférant laisser incriminer son propre équipage décédé », poursuit le communiqué.

Sébastien BUSY, avocat pénaliste à reims. Il intervient en droit pénal, crash aérien, permis de conduire
Sébastien BUSY
Avocat associé