Défense de la profession, concertation et proximité : les prochains bâtonniers du barreau de Châlons affichent leurs ambitions

Publié le 27 octobre 2026
L'Union
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Élus cet été par les avocats du barreau de Châlons-en-Champagne, Me Sébastien Busy et Me Camille Zavaglia prendront leurs nouvelles fonctions de bâtonnier et vice-bâtonnier le 1er janvier 2027. Complémentaires, les deux conseils réfléchissent d’ores et déjà à l’organisation inhérente à leurs nouvelles missions.

Les avocats Me Busy et Me Zavaglia prendront leurs fonctions de bâtonnier et vice-bâtonnier du barreau de Châlons-en-Champagne le 1er janvier 2027, à la suite du binôme Me Couvreur – Me Plagne.

Sébastien Busy, âgé de 54 ans, a prêté serment en janvier 1999 et a exercé aux barreaux de Reims, Paris et Châlons. Camille Zavaglia, âgé de 42 ans, est quant à lui dans sa 13e année d’exercice et a toujours été inscrit au barreau de Châlons.

Élus cet été par les 58 avocats exerçant sur le ressort du tribunal judiciaire de Châlons, ils présideront le Conseil de l’ordre dont les 12 membres sont également élus par tous les avocats.

La mission de l’ordre est d’assurer la protection des droits des avocats et de veiller à l’observation de leurs devoirs. Il assure par ailleurs des fonctions administratives et budgétaires autonomes. Le bâtonnier et le vice-bâtonnier administrent l’ordre mais les décisions sont prises par le Conseil de l’ordre.

Comme vos prédécesseurs Me Couvreur et Me Plagne, bâtonnier et vice-bâtonnière du barreau de Châlons durant les deux dernières années, vous avez fait le choix du binôme. Pourquoi ?

Me Zavaglia : Ça va être de plus en plus difficile d’être seul. La fonction de bâtonnier demande une présence de plus en plus importante dans le cadre institutionnel (qu’il s’agisse des relations avec le tribunal judiciaire, tribunal administratif ou les autorités constituées), à laquelle s’ajoute tout le travail en interne au sein de l’ordre (préparation de l’administration de l’ordre, tenue des conseils de l’ordre, réunions au sein de la juridiction). Il faut aussi que parallèlement on ait le temps de mener notre activité professionnelle.

Me Busy : De plus, être un binôme s’avère primordial dans certaines situations, comme lors des rendez-vous avec les chefs de juridiction. Ils seront deux, nous aussi. Le rapport de force sera équilibré. Dans les six premiers mois, nous allons faire beaucoup de choses ensemble, puis nous nous répartirons le travail, en fonction aussi de nos agendas. Nous serons interchangeables dans les tâches à l’échelon local comme pour les missions de représentation nationale (Conseil national des barreaux, conférence des bâtonniers…).

Comment ce ticket a-t-il vu le jour ?

Me Busy : On m’aurait posé la question il y a 25 ans, j’aurais dit non, surtout pas. Mais on évolue. Il y a trois ans, je suis entré au Conseil de l’ordre pour découvrir son fonctionnement, une première étape indispensable selon moi. Plusieurs collègues m’ont demandé ces derniers mois si ça m’intéressait. J’y songeais mais je ne voulais pas y aller seul. Le nom de Camille (Me Zavaglia) s’est très rapidement imposé à moi.

Me Zavaglia : Nous sommes complémentaires, en termes d’expérience, de matières exercées. Je connais un peu plus le Conseil de l’ordre pour y avoir siégé durant six années, de décembre 2019 à décembre 2025. Nous sommes deux hommes, à Reims ce sont deux femmes. Il n’y a pas d’impératif de parité chez les bâtonniers, nous avons fonctionné par affinités.

Quels messages adressez-vous à vos confrères, à deux mois de votre prise de fonction ?

Me Busy et Me Zavaglia : On a indiqué que nous voulions être dans la concertation et la proximité avec les confrères. On va les rencontrer individuellement, à leur cabinet, ainsi que leurs collaborateurs. Ici (dans les locaux de l’Ordre, NDLR) et dans le palais, la parole ne peut pas être complètement libre. Il est important d’être soucieux des conditions de travail dans l’exercice quotidien. Les confrères doivent savoir que nous serons toujours près d’eux, dans l’échange, y compris lorsque nous devrons exercer notre devoir disciplinaire en cas de différends entre les confrères ou avec les juridictions. Une autre liste s’est présentée lors de l’élection, nous avons été élus car il y avait une volonté de changement chez les confrères. On espère ne pas décevoir et on va se mettre au travail.

« Il va falloir être hyper vigilants et veiller à préserver les droits des justiciables au civil et au pénal » 

Maître Sébastien Busy

Devenir bâtonniers en 2027 revêt-il une dimension particulière ?

Me Busy : Nous nous inscrivons plus que jamais dans la défense de notre profession. Dans le domaine pénal, cela devient de plus en plus compliqué, on met à la charge des avocats de plus en plus d’obligations dans des délais de plus en plus contraints, délais qu’on ne retrouve pas en face. Par exemple, la loi SURE sur la justice criminelle nous impose de déposer nos écritures trois jours avant l’audience mais le procureur, lui, n’a pas de délai pour nous répondre. Pour la défense de ceux dont la liberté peut être remise en cause, on va donc avoir l’obligation de réagir dans l’immédiateté sans avoir le temps du recul et de la réflexion nécessaires.

Me Zavaglia : En matière civile, on s’inquiète aussi. Le projet de décret Rivage vise ainsi à limiter l’appel pour les contentieux de moins de 10 000 euros. Dans notre secteur géographique, qui n’est pas le plus riche de France, cela représente déjà beaucoup. Les litiges lors de l’achat de voiture ou de cuisine seront ainsi concernés… Cette modification va inciter un certain nombre de personnes à ne pas aller devant la justice, cela va priver les justiciables d’une voie de recours. Par ailleurs, on se dit toujours que nous, au tribunal judiciaire de Châlons, on est en sursis. On l’a échappé belle avec la réforme Dati il y a presque 20 ans. Le tribunal judiciaire a beau être solide et implanté dans une cité judiciaire unique en France, on reste vigilant.

Me Busy : La période s’annonce compliquée. On sait que l’on va prendre nos fonctions en 2027, dans une période marquée par des tensions entre le coût de la vie qui ne cesse d’augmenter, les mobilisations et bien sûr l’élection présidentielle. Et donc on va arriver à une période de propositions tous azimuts. Il va falloir être hyper vigilants sur ce qu’ils vont faire et veiller à préserver les droits des justiciables au civil et au pénal. On nous dit que les juges du siège sont les garants des libertés individuelles, j’ai plus l’impression aujourd’hui que ce sont les avocats qui sont les vigies de tout ça. Le juge, lui, il applique la loi. Et si, face à des volontés politiques de plus en plus dures, on n’est pas là pour dire à un moment « stop ça va trop loin », quitte à être critiqués, on ne remplit pas notre rôle.

Comment se porte le barreau de Châlons actuellement ?

Me Busy et Me Zavaglia : Il se porte de façon correcte mais il aurait besoin de recruter, notamment des jeunes avocats. Ces derniers n’ont pas conscience des avantages que représente un petit barreau en début de carrière. Le lien avec les confrères est plus important, on n’est pas noyé dans la masse d’un barreau de 300 membres. On se connaît quasiment tous, il y a de la solidarité. C’est également plus formateur, on a beaucoup plus de permanences. Par ailleurs, on développe plus rapidement sa clientèle dans un petit barreau.

 

Propos recueillis par Marie Charrier et Cassandra Ducatillon, L'Union

Sébastien BUSY, avocat pénaliste à reims. Il intervient en droit pénal, crash aérien, permis de conduire
Sébastien BUSY
Avocat associé