Deux morts et un blessé grave sur l’A4 à Tilloy-et-Bellay en 2024 : le conducteur avait bu et roulait bien trop vite

Publié le 03 septembre 2026
L'Union
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Le tribunal judiciaire de Châlons-en-Champagne a condamné, le 2 septembre 2026, un Luxembourgeois à 5 ans de prison dont un ferme. Il roulait à 180 km/h lors du choc qui a tué deux Argentins sur l’A4 à Tilloy-et-Bellay.

Le 30 mars 2024, la vie de Noelia Maldonado Bernal s’est arrêtée. Cette jeune femme de 32 ans, originaire d’Argentine, est décédée dans un grave accident de la route sur l’A4, à hauteur de Tilloy-et-Bellay, entre Châlons-en-Champagne et Sainte-Ménehould. À ses côtés, son compagnon Emiliano Pennice, également argentin, est mort trois jours plus tard de ses blessures au centre hospitalier de Reims, le 2 avril. Juan Diaz Padilla, le dernier passager, a été grièvement blessé.

Le responsable de l’accident se nomme Jeremias Lopes Tavares. Il est cap-verdien et vit au Luxembourg. Ce 30 mars 2024 au soir, il voulait rendre visite à ses parents vivant en région parisienne pour Pâques, accompagné de sa belle-fille de 11 ans, légèrement blessée elle aussi. Il avait bu. Et roulait, au moment du choc, à 184 km/h au moment de percuter par l’arrière gauche le véhicule d’Emiliano Pennice. Il a été condamné ce 2 septembre 2026 à cinq ans de prison dont trois ans et neuf mois avec sursis et à l’interdiction de conduire pendant cinq ans en France. Il est ressorti libre, le temps que les justices française et luxembourgeoise s’accordent sur la façon dont il va purger sa peine ferme sous bracelet électronique.

« Dans les cinq secondes précédant le choc, elle est passée de 184 km/h à 181 km/h »
- La juge

Les faits résumés par la présidente du tribunal sont accablants pour le prévenu : une heure après les faits, qui ont eu lieu vers 21 h 30, son taux d’alcool a été mesuré à « 0,41 mg par litre d’air expiré », soit 0,82 gramme par litre de sang. C’est un délit. Des bouteilles de vokda ont été retrouvées dans son véhicule. Sa vitesse moyenne a été estimée depuis son entrée sur l’autoroute à 151 km/h. Mais lors de l’accident, « les relevés sur la Peugeot 3008 montrent que dans les cinq secondes précédant le choc, elle est passée de 184 km/h à 181 km/h. Ce qui signifie qu’il n’y a pas eu de freinage mais plutôt que vous avez levé le pied », poursuit la juge.

Plus grave encore, sur le portable du prévenu ont été retrouvés « une photo du compteur de vitesse à 169km/h et une vidéo montrant, dans une ambiance festive et de la musique forte, le compteur aller jusqu’à 202km/h ». Cette photo et cette vidéo ont été supprimées à 21 h 58 par Jeremias Lopes Tavares, une vingtaine de minutes après l’accident mortel. Elles ont été retrouvées par les enquêteurs malgré tout.

Le prévenu, qui semble vouloir se faire tout petit dans son blouson bleu marine, ne nie pas sa responsabilité. Dès le début du procès, par l’intermédiaire de sa traductrice en portugais, il s’excuse auprès de la famille des victimes qui a parcouru 11 000 kilomètres pour assister au procès et se dit se sentir « très mal » et prêt à accepter sa peine. Cependant, il aura bien des difficultés à assumer certaines de ses actions.

 

« Deux bières et un peu de vodka, je crois »

Ainsi, il confirme avoir bu « deux bières et un peu de vodka, je crois », le jour du drame mais pas juste avant de prendre le volant assure-t-il. « Je n’avais pas prévu de sortir, c’est en appelant ma mère que j’ai pris la décision d’y aller. » Pressé par le juge sur son alcoolémie élevée au moment de l’accident, il lâche « ne pas comprendre comment. Je n’ai pas l’habitude de boire ! » Son casier n’a montré aucune infraction, routière ou non.

Au moment de l’accident, s’il admet rouler bien trop vite, il explique qu’il « roulait sur la voie de gauche quand le véhicule à droite [l’Opel Corsa des victimes] s’est rabattu. Je n’ai pas eu le temps de voir et de réagir ». Il est le seul à assurer que l’Opel s’est rabattu vers lui. Son avocate, maître Focachon, souligne que le choc a eu lieu cependant sur l’arrière gauche du véhicule, accréditant cette thèse. Il faut noter aussi que l’Opel roulait, elle, à environ 77 km/h sur l’autoroute selon l’enquête, sous la vitesse minimale autorisée.

Quant à la photo et vidéo qu’il a supprimées, il dit ne « pas se souvenir » quand et pourquoi il a choisi de les effacer après l’accident, sans nier que ce soit de son fait et non sa jeune passagère de 11 ans. « J’assume ce que j’ai fait, répète-t-il, le regard vide. Je n’avais jamais eu ce comportement. »

« Le tribunal est sensible à la peine de la famille qui est impossible à mesurer »
- La juge

Lia Pennice, la sœur d’Emiliano, a livré un témoignage poignant, évoquant un frère « que tout le monde aimait, qui ne buvait jamais, qu’on n’avait jamais vu aussi heureux qu’avec Noelia. » Ses larmes montent. « Le dernier souvenir que j’ai de lui, c’est de le voir sur son lit de mort. On est deux familles dévastées. C’est difficile d’être là devant la personne qui l’a tué. »

Le parquet n’épargne pas Jeremias Lopes Tavares. « Il a fait des choix. Il a pris le volant alcoolisé. Il a choisi de rouler à une vitesse considérable. Il a choisi de prendre le véhicule avec sa belle-fille. Il n’a pas eu conscience de sa vitesse alors qu’il a roulé plusieurs kilomètres à grande vitesse et qu’il sait que sa belle fille prend des photos. La responsabilité pénale du dossier est simple. » Elle réclame cinq ans de prison dont trois ans et neuf mois de sursis (il a effectué trois mois de détention provisoire), assortis de soins et cinq ans d’interdiction de conduire en France. Le parquet s’est interrogé « sur la partie ferme de la peine, aménageable. Je me suis posé la question d’un mandat de dépôt. J’attendais de voir son positionnement à l’audience. » Malgré ses trous de mémoire, le prévenu n’a jamais nié sa responsabilité.

Les juges suivront les réquisitions du procureur. Le jugement au civil pour estimer les dommages et intérêts aura lieu le 9 décembre. Se tournant vers la famille des victimes, la juge explique cette sentence : « Le tribunal est sensible à la peine de la famille qui est impossible à mesurer. Nous avons fait avec les limites de la loi. C’est une peine sévère au vu de la jurisprudence française. Mais le tribunal a pris en considération tous les éléments [notamment l’absence de casier du prévenu, le fait qu’il soit inséré socialement, qu’il travaille et fait preuve de remords]. Ça n’aurait pas pu ramener les deux victimes. » Une explication qui ne satisfait pas Matias Maldonado, le frère de Noelia, à la sortie du tribunal. « C’est nul ! On peut tuer et partir libre après. C’est toujours pareil. Je suis déçu. C’est la honte. » Jeremias Lopes Tavares effectuera sa condamnation au Luxembourg où il habite.

Par Maxime Mascoli pour l'Union

 

Chantal FOCACHON, avocate à châlons en droit pénal et droit des étrangers
Chantal FOCACHON
Avocat associé