Il avait abattu un nomade : un ex-gendarme du GIGN de Reims acquitté une seconde fois pour « légitime défense »
Un ancien gendarme de l’antenne GIGN de Reims, accusé d’avoir tué par balle un nomade lors d’une tentative d’interpellation dans le Pas-de-Calais, a de nouveau été acquitté ce jeudi 18 juin, après avoir été rejugé par la cour d’assises d’appel du Nord. La légitime défense a été retenue.
Le verdict est tombé à 23 h 30, ce jeudi 18 juin 2026. En tout point conforme à celui rendu le 22 février 2024 par la cour criminelle départementale du Pas-de-Calais qui avait siégé à Saint-Omer.
Jugé depuis le lundi 15 juin à Douai par la cour d’assises d’appel du Nord pour « violences avec arme ayant entraîné la mort sans intention de la donner par personne dépositaire de l’autorité publique », un ex-gendarme de l’antenne GIGN de Reims, qui était accusé d’avoir tué par balle un nomade qu’il tentait d’interpeller lors d’une opération près de Lens en 2018, a été acquitté une seconde fois. La cour a retenu la légitime défense.
Une balle dans la nuque
Membre d’une grande famille de la communauté des gens du voyage, Henri Lenfant avait 23 ans, ferrailleur de profession, natif du Pas-de-Calais. Les gendarmes de la brigade d’Arras l’avaient placé sous surveillance dans le cadre d’une enquête sur des vols multiples commis dans les Hauts-de-France. La nuit du 27 au 28 septembre 2018, décision était prise de l’interpeller, lui et deux complices, au retour d’un nouveau périple réalisé à bord d’une BMW série 1.
En raison de la réputation des mis en cause, l’opération s’annonçait délicate, d’où l’engagement de douze militaires de l’antenne GIGN de Reims pour réaliser l’interpellation. Mais rien ne s’est déroulé comme prévu.
Le ministère public avait de nouveau requis la condamnation du gendarme, au motif selon lui qu’il était possible d’agir autrement
Vers 3 h 30, lors de l’interception de la BMW à proximité du campement des suspects, sur un terrain vague de Fouquières-lez-Lens, le gendarme rentrait dans l’habitacle côté passager pour aider ses collègues qui ne parvenaient pas à extraire Henri Lenfant, cramponné au volant (ses deux complices, eux, étaient déjà descendus).
Pistolet au poing, il relevait le frein à main mais le véhicule redémarrait quand même, effectuant des embardées, lui à genoux sur le siège, dos à la portière ouverte. Par peur d’être éjecté et de mourir, il avait tiré.
Touché d’une balle dans la nuque, Henri Lenfant succombait peu après. Il était le père de deux fillettes âgées de trois et six ans,
Réquisitions indulgentes
Le parquet général avait fait appel de l’acquittement de 2024. Lors du second procès, le représentant du ministère public a de nouveau requis la condamnation du militaire, au motif selon lui qu’il était possible d’agir autrement : tirer dans le plafond pour provoquer « un effet de surprise » ou baisser son bras pour « tirer dans les jambes », zone moins vitale que la tête.
« Il y a eu une erreur grave d’appréciation », a-t-il dit dans son réquisitoire, rapporté par nos confrères de La Voix du Nord qui ont assisté au procès.
Compte tenu néanmoins du parcours jusqu’alors « exemplaire » du gendarme, le magistrat n’a requis que quatre ans de prison dont trois avec sursis, sans s’opposer à l’aménagement de la partie ferme. Il n’a pas demandé l’interdiction d’exercer dans la fonction publique, et seulement un an d’interdiction de port d’arme.
Qu’auriez-vous fait à sa place ? Lui a fait ce qu’il a pensé devoir faire, avec la peur viscérale de mourir
Me Sébastien Busy, s’adressant aux jurés
Avocat du gendarme, le Marnais Sébastien Busy a plaidé la légitime défense, en demandant aux jurés de s’imaginer à genoux sur le siège passager, portière ouverte, dans une voiture qui prend de l’élan : « Qu’auriez-vous fait à sa place ? Lui a fait ce qu’il a pensé devoir faire, dans ces circonstances, avec la peur viscérale de mourir. »
Les jurés ont suivi, au grand dam des proches de la victime qui ont laissé éclater leur colère, mais sans débordement (il y avait un important dispositif de sécurité).
Pas de pourvoi en cassation
Le parquet général a fait savoir qu’il ne formerait pas de pourvoi en cassation. L’acquittement est donc définitif. « Mon client est soulagé que cette affaire se termine. C’est une décision justifiée car il s’est retrouvé dans une situation où il a été contraint de faire feu pour sauver sa vie », commente Maître Busy auprès de L’Union.
Placé sous contrôle judiciaire après sa mise en examen en 2018, avec interdiction de détenir une arme, le militaire empêché de toute activité opérationnelle avait dû quitter l’antenne GIGN de Reims. Il travaille toujours en gendarmerie, dans un service administratif.
Un gendarme à la carrière « plus qu’honorable »
Aujourd’hui âgé de 46 ans, l’adjudant doublement acquitté du crime qui lui était reproché reste marqué « du point de vue humain par le drame que vit la famille » d’Henri Lenfant, avait souligné Maître Sébastien Busy à l’entame du procès. À la barre de la cour d’assises, les hommes du GIGN l’ont tous dit : « Ôter la vie, c’est un échec ».
Originaire de la Marne, le gendarme avait intégré l’antenne de Reims en septembre 2016, cinq mois après sa création à la suite des attentats de Paris. Envoyés en première ligne lors de situations de crise ou pour interpeller des individus dangereux, les membres de cette unité d’élite s’exposent à de grands dangers.
En mars 2018, l’adjudant fut d’ailleurs décoré après avoir été sérieusement blessé en arrêtant des trafiquants d’armes : son véhicule percuté, 17 points de suture au visage. Il était quand même allé au bout de l’interpellation.
Ce gendarme à la carrière « plus qu’honorable » – selon les mots d’un supérieur – avait-il la réputation d’un cow-boy ? Tous ses anciens collègues ont répondu par la négative.
Par Fabrice Curlier (avec la Voix du Nord)