Il filmait ses petites filles sous la douche et échangeait les photos avec d’autres pédocriminels en ligne

Publié le 09 avril 2026
L'Union
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Ce 8 avril 2026, trois retraités, dont un du Mesnil-sur-Oger, ont été condamnés dans une affaire de pédocriminalité et d’attouchements sur mineurs. Ils s’étaient rencontrés sur Coco, forum prisé des pédophiles fermé en 2024.

À la barre du tribunal de Châlons-en-Champagne ce mercredi 8 avril, trois hommes, tous retraités, tous grands-pères. Tous prévenus dans une lourde affaire de pédocriminalité révélée grâce au signalement des autorités américaines le 26 mai 2021. Les enquêteurs français parviennent à remonter à la source de ces photos, montrant notamment deux petites filles dans des positions sexuelles.

Il s’agit d’un habitant du Mesnil-sur-Oger et déjà condamné pour détention d’images pédopornographiques en 2015. À ses côtés, un autre vit dans le Nord et un dernier appréhendé dans les Alpes-Maritimes. Les trois prévenus s’étaient rencontrés en ligne sur le forum Coco.gg, prisé des pédocriminels, où ils échangeaient leurs fantasmes et images pédophiles.

 

On arrive rarement du virtuel au passage à l’acte et encore moins la production d’image
Julie Gaumer, Juge

 

Le Marnais a une particularité. Il ne fait pas que consommer des images pédopornographiques. Il en produit aussi. « On arrive rarement du virtuel au passage à l’acte et encore moins la production d’image », remarque la présidente du tribunal, Julie Gaumer. Outre la détention de centaines de photos et vidéos, il a passé un an en détention préventive entre mai 2022 et mai 2023, a aussi photographié et filmé ses petites filles dénudées. Il a mis au point un système élaboré : une caméra endoscopique cachée dans une trousse de toilettes de la salle de bains, contrôlée par le téléphone portable du prévenu. « Pourquoi filmer ? », interroge la présidente. « Pour donner aux autres », répond l’homme né en 1963.

Les autres, ce sont ses contacts rencontrés sur Coco. Un forum qu’il fréquente « presque tous les jours » depuis 2015 dans un seul but : « la masturbation ». Il est aussi poursuivi pour agression sexuelle sur ses deux petites filles mineures. Il reconnaît des attouchements « pour garder des souvenirs », dira-t-il lors de l’instruction. La plus grande des fillettes, âgée de 11 ans lors de sa seconde audition, n’avait pas osé en parler la première fois pour ne pas incriminer celle qu’elle appelait affectueusement son « faux grand-père », n’étant pas liés par le sang. Depuis, les ponts ont été coupés.

Si le premier, en état de récidive, reconnaît tous les faits, les deux autres prévenus ne sont pas aussi conciliants. Celui âgé de 67 ans, originaire du Nord, est recroquevillé dans son polo gris. Casier judiciaire vierge. Il reconnaît avoir détenu des centaines d’images pédopornographiques sur son ordinateur. Il a été banni à plusieurs reprises du forum Coco pour cela. Il a aussi diffusé des photos, sans caractère sexuel, d’enfants de sa famille. En 2012, la gendarmerie a contacté sa famille car il se faisait passer pour une fille mineure en ligne pour draguer des hommes.

 

« C’est une erreur. Je ne le referai plus. »

Quand la présidente lui demande si voir des enfants nus l’excite, il nie. Elle lui demande pourquoi il discutait avec d’autres de ses fantasmes sur ses petits-enfants dont il partageait des photos [qu’il niera avoir agressées. Faute de preuves, il sera relaxé sur ces faits d’agressions], ou pourquoi il a diffusé la vidéo d’un viol sur un nourrisson de quelques mois. Il bredouille comme un enfant : « C’est une erreur. Je ne le referai plus. »

Vient ensuite le septuagénaire de 75 ans, qui dénote avec sa veste jaune. Il a été interpellé en février 2023 près de Cannes. Chez lui, 8 961 photos pédophiles, soigneusement rangées dans des dizaines de dossiers soigneusement étiquetés par sexe, noms ou âge. Mais il l’assure : « Je ne regarde jamais. C’était pour faire des échanges », comme s’il parlait de cartes Pokémon comme l’a relevé la juge. Sa compagne l’a surpris à plusieurs reprises en train de regarder ces images sur son ordinateur, jusqu’à tard le soir. Il se levait aux aurores pour retourner les regarder.

Son obsession, dit-il, ce sont les récits pédopornographiques qu’il imaginait. Le procureur Jean-Philippe Moreau lui en demande la teneur. « Ce sont des récits quelconques », tente le prévenu. Le procureur lit un passage, écœurant, où il imagine un dialogue très sexuel avec une petite fille à laquelle il souhaite faire boire « une potion pour la désinhiber ». Le méridional fait mine de mal entendre.

Il est aussi poursuivi pour agression sexuelle sur mineure de moins de 15 ans, sa petite fille. Sa mère s’est portée partie civile. C’est la seule. « C’était trois secondes d’égarement », assure le prévenu. L’enfant avait 7 ans à l’époque des faits entre 2017 et 2018. Elle s’est défendue de toutes ses forces. Son grand-père lui a intimé de ne rien dire. Elle rapporte d’autres faits dont le prévenu assure n’avoir aucun souvenir. « On n’a rien qui pourrait rassurer le tribunal » sur un risque de récidive critique l’avocate de la partie civile, maître Focachon qui souligne les troubles anxieux subis par la jeune fille aujourd’hui encore. Dans leurs rapports, tous les experts psychiatriques soulignent la dangerosité des prévenus.

Les avocats tenteront de défendre leurs clients sur leurs regrets et leur grand âge. Cela n’amadouera pas les juges qui suivront largement les réquisitions du procureur. Ils sont tous reconnus coupables. Le Marnais est condamné à 42 mois ferme, les deux autres à 24 mois avec mandat de dépôt différé. Ils seront convoqués pour être incarcérés. Le tout est assorti de suivi socio-judiciaire (10 ans pour le local de l’étape, 7 pour les autres), d’injonction de soins, d’interdiction de contact avec les mineurs, les victimes et entre eux.

La présidente a conclu en rappelant justement que leurs jeunes victimes sont condamnées pour plus longtemps qu’eux. « Ces enfants sont pris dans le piège du cyberespace. Leurs photos seront diffusées pendant des années. »

 

 

Chantal FOCACHON, avocate à châlons en droit pénal et droit des étrangers
Chantal FOCACHON
Avocat associé