Incapable d'assumer les viols, il humilie à nouveau ses victimes

Publié le 07 mars 2025
L'Est éclair
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Face aux nombreuses évidences, matérielles et objectives, il pourrait choisir de soulager pour de bon ses jeunes victimes. Mais au contraire, Dylan Hilaire, accusé de plusieurs viols, dont ceux de Montgueux, a décidé de creuser plus profondément le lit de leur traumatisme.

Il s’enferre aussi profondément qu’il s’enterre. Ses réponses l’accablent, mais il y tient. « Ce sont mes réponses, c’est la vérité. » La vérité d’un homme qui ne viole pas mais qui répond à l’excitation de la femme qui lui fait face.

Son ex-petite amie, qui a enregistré à son insu son propre viol à l’arrière de sa camionnette de fonction, en pleurs, le suppliant d’arrêter, elle aussi a apprécié l’instant. « C’était surjoué, elle jouait la comédie. » Comment pourrait-elle ne pas aimer ? Impensable pour un jeune homme « au soi grandiose », accablé « d’une rage narcissique tenace ». « C’est la vérité, je n’ai pas violé ces gens-là. »

Des victimes braquées et filmées
Ces quatre jeunes gens-là – les deux couples agressés à Montgueux fin septembre 2022 –, en revanche, n’oublieront jamais sa voix, son agitation, sa confusion, son arme pointée sur eux, ses injonctions sexuelles. « Quand elle entend votre voix, tout son corps tremble » : derrière Maitre Wagnon-Horiot, la toute jeune femme blonde est secouée de soubresauts. Replongée deux ans et demi plus tôt, sur ce chemin isolé, à Montgueux, éclairée uniquement par le flash du téléphone de l’agresseur, contrainte à une fellation. « Je pleurais, je le suppliais et lui, il pointait son arme sur moi en me demandant d’arrêter de pleurer. » À la barre, comme toutes les autres victimes, elle narre à nouveau cet épisode traumatique. Et les conséquences effroyables qu’il continue de provoquer. Son compagnon, contraint de rester dans la voiture, n’a « aucun doute » non plus sur l’identité de son agresseur, il s’agit bel et bien de Dylan Hilaire.

Lui a conscience qu’il manque la reine des preuves, il s’engouffre dans la brèche. S’il était à Montgueux ce soir-là, il n’a croisé personne et n’a rien à voir avec les faits. Il n’a fait que visionner des vidéos sur Internet, seul dans sa voiture. Problème, la présidente lui oppose que son téléphone n’est resté inactif qu’à l’occasion des deux agressions nocturnes à Montgueux. Impossible, en l’état, de regarder des vidéos. « Je ne peux pas vous dire, j’étais sur YouTube. »

Si son ADN y est, la relation était forcément consentie
Deux nuits plus tôt, pour la première agression, commise exactement de la même manière, dans les moindres détails, par un homme en tout point similaire, Dylan Hilaire a modifié sa version à de nombreuses reprises. La dernière en date évoque un troisième homme, armé, le véritable violeur, dont il n’a fait que ramasser l’arme. Avant d’avoir une relation sexuelle « consentie » avec la victime. Contraint par la reine des preuves, son ADN retrouvé sur la victime. « Elle ne pleurait pas, j’avais une vidéo, mais je ne comprends pas où elle est passée. » Il ose tout. Le revirement, la dénégation, il s’offusque qu’on ne le croit pas.

« Il n’existe que par sa sexualité » - L’experte psychologue
Le fameux troisième homme pourrait être lui. Ce « lui » qui le dévalorise tellement qu’il ne peut le tolérer. Très vite, l’expert psychiatre replace l’église au milieu du village. Non, il ne confond pas réalité et imaginaire, il choisit délibérément de nier. De changer de version aussi facilement que de conquêtes. Il s’enferre, s’enfonce. Tente la pirouette lorsque la présidente s’agace. « Difficile de le suivre », abonde l’experte psychologue.

Empathie ? Surtout pas, il se dit lui-même « mitigé entre la tristesse et la colère ». D’empathie, il en est incapable. « Indifférent à l’autre », conclut le psychiatre. « Il parle des victimes et des gens avec indifférence », le suit la psychologue. L’autre, l’objet qui doit s’exécuter. L’autre pour lequel il va jusqu’à inventer une position, des propos. Avec comme unique objectif : la valorisation de son soi grandiose. Et l’assouvissement de ses pulsions sexuelles. Par tous les moyens. « Il n’existe que par sa sexualité », enchérit la psychologue. Lorsque ses victimes s’estiment violées, lui évoque leur admiration devant sa plastique, leur pulsion irrépressible envers son corps. « C’est le discours prototype du film pornographique, avec tous les clichés », lui fait valoir à plusieurs reprises la présidente. « La sexualité, c’est son identité propre, c’est le plus important pour lui » : que ce soit dans la sphère conjugale ou pas, il ne connaît pas de limites.

Une personnalité que tant la présidente que la psychologue se rejoignent pour qualifier de « rare ». Il faut probablement s’en féliciter…

Anne-Sophie WAGNON HORIOT, avocate à Troyes
Anne-Sophie WAGNON HORIOT
Avocat associé