« Je reconnais avoir tiré à cause de la peur », le procès de l’agriculteur d’Ambrières pour tentative de meurtre s’est ouvert
Le procès d’assises de l’agriculteur d’Ambrières, Jean-Louis Leroux, s’est ouvert ce lundi 21 septembre 2026, au palais de justice de Reims. Jugé pour tentative de meurtre, il avait tiré sur un des individus qui avait tenté de voler du carburant dans sa ferme.
Main sur la tête, jambes croisées, regard fixe, Jean-Louis Leroux écoute avec attention la déposition de son frère à la barre. Stoïque, il scrute la présidente de la cour d’assises de la Marne qui mène l’audition devant une salle comble du tribunal judiciaire de Reims. Cet homme, âgé de 53 ans, est inculpé de tentative d’homicide volontaire pour avoir tiré sur un « jeune homme » qui tentait de le voler, comme le rapporte l’enquête. Son procès vient de s’ouvrir ce lundi 21 septembre 2026.
Il est 14h04 quand la présidente et ses assesseurs prennent place dans la cour d’assises. Sur le banc des accusés, Jean-Louis Leroux, éleveur à Ambrières, fait face à trois hommes, âgés de 26 à 34 ans. Si l’un d’eux, Diego H., est la victime du coup de fusil reçu dans son flanc gauche, il est également, comme ses deux voisins, jugé pour vol en réunion. Puisque, comme n’a pas hésité à le rappeler l’avocat de la défense, Maître Gérard Chemla, Jean-Louis Leroux a été victime de nombreux vols entre 2013 et 2020. « Sur le mois précédant les faits, il y a eu cinq plaintes pour vol », constate-t-il, justifiant un client excédé et fatigué par des intrusions à répétition, pour une perte de plusieurs milliers de litres de carburant.
Un vol qui tourne mal
Ainsi, dans la nuit du 31 janvier au 1er février 2020, quand l’éleveur découvre la présence de trois individus dans l’enceinte de sa ferme, alerté par une « alarme intrusion », il décide de se rendre sur place avec son frère. Vers 1h40 munis de leurs fusils de chasse, chacun se place à un point stratégique de l’exploitation, décidé quelques jours plus tôt « en cas de nouveaux vols ». Plusieurs coups de sommation sont tirés, « pour les empêcher de partir », selon la déposition de Jean-Louis Leroux, ou « pour les faire fuir », selon son frère – un détail qui n’aura pas échappé à la présidente de la séance.
Lors de la première journée d’audience, la directrice d’enquête en charge de cette affaire rappelle en détail les faits qui expliquent la raison du procès. Après avoir tiré un premier coup de feu en l’air, l’éleveur tire un deuxième en direction des individus, blessant grièvement l’un d’eux. « Il a tiré dans la panique, par peur d’être encerclé », explique-t-elle en citant une déposition. Le fuyard blessé, qui faisait le guet, part ensuite dans une direction différente des deux autres voleurs présumés. Il est retrouvé dans sa voiture par les gendarmes quelques dizaines de mètres plus loin.
Un tir au centre des débats
Constatant son état de santé dégradé, avec « des viscères qui ressortent », les forces de l’ordre appellent les secours et l’individu est transféré au centre hospitalier universitaire de Reims. Son pronostic vital est engagé. Pendant cette nuit, l’enquête a permis de retrouver cinq bidons pleins sur place ainsi que des tuyaux, dont un bidon dans la voiture. « Peut-on en déduire qu’il s’agissait d’un siphonnage ? », questionne Me Hellenbrand, avocat du côté des parties civiles. « Oui, c’est sûr », répond la directrice d’enquête.
Si le vol en réunion a été reconnu par les trois mis en cause, le procès semble se concentrer sur l’intentionnalité de l’éleveur au moment de son tir. « Je reconnais avoir tiré à cause de la peur. Je suis bien désolé de ce qui est arrivé à ce monsieur », explique Jean-Louis Leroux, avant que la présidente ne lui pose la question de sa volonté de donner la mort, à laquelle il répond par la négative. Lors de la deuxième journée d’audience, des réponses seront apportées notamment avec le témoignage de plusieurs experts.
Hyppolite Semin, l'Union.