"Je sais que je vais mourir de ses mains"

Publié le 23 juillet 2024
L'Est éclair
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Harcèlement moral, intrusion à domicile, menaces de mort. Une Auboise a raconté au tribunal le calvaire que lui a fait vivre son ex. Ce dernier a été condamné à 30 mois de prison, dont la moitié ferme.

« Je vis avec un compte à rebours au-dessus de la tête. Je sais que je vais mourir de ses mains. » Les mots de Justine (*), victime du harcèlement moral de son ex-compagnon durant des mois, entre 2023 et 2024, sont forts.

À la barre du tribunal correctionnel vendredi 19 juillet, l’Auboise a raconté sa certitude de mourir sous les coups de Maxime, le père de son enfant. « On va faire en sorte que non. C’est aussi le rôle de la justice », a tenté de la rassurer la présidente du tribunal.

« Te voir t’étouffer à nouveau »
Justine a malheureusement des raisons d’avoir peur. Maxime est déjà passé à l’acte. Il a été condamné en 2022 pour des violences conjugales habituelles envers elle, notamment une tentative d’étranglement. À sa sortie de prison, elle a accepté de lui donner une seconde chance. En vain.

« Si je repasse au tribunal, ce sera pour homicide »
Maxime n’a pas supporté la séparation, la fin de son idéal de famille unie. Il a alors « pété un câble » selon ses mots, allant jusqu’à voler les clés de son ex pour s’introduire chez elle en son absence. L’Aubois lui a également adressé des menaces de mort glaçantes : « Je vais te tuer. Je rêve de te voir t’étouffer à nouveau, de te voir dans ton sang. Si je repasse au tribunal, ce sera pour homicide. Je vais te faire vivre un putain d’enfer. » Il a également instrumentalisé son fils : « Dis à ta pute de mère d’arrêter ou je vais faire une dinguerie. »

Une vie de peur
Des mots terribles. « Des mots qui tuent », dénonce Maitre Wagnon-Horriot, l’avocate de la plaignante, en s’adressant directement au prévenu. «Vous l’avez tuée. Elle vit un cauchemar de manière constante. Elle est en détresse complète, vit dans la peur, n’arrive plus à se rendre où elle veut. Elle est incapable d’être touchée. Elle n’est même plus capable de jouer avec son fils. Ça l’a tué. Vous imaginez les conséquences sur votre fils ? Vous espérez exister dans sa tête ? Ce sera le cas mais pas pour lui avoir appris à faire du vélo. »

Debout dans le box, Maxime ne bronche pas. Plutôt calme, poli, le trentenaire répond à toutes les questions des juges. Sans nier sa responsabilité. Sans se cacher derrière la « peur de l’abandon » décelée par l’expert psy, née de son enfance. Il reconnaît les menaces et le « calvaire » qu’il fait vivre à son ex. « Je te demande pardon Justine », répète-t-il, indiquant avoir engagé un travail sur lui depuis les faits. « Je ne serai jamais passé à l’acte. J’ai agi par jalousie, par excès de connerie. Je n’ai pas pu me contrôler. J’ai honte. Pour moi, il était hors de question de ne plus revoir mon fils. Maintenant, je sais que je ne pourrai plus le revoir. »

Bracelet anti-rapprochement
Le tribunal lui a en effet signifié le retrait de son autorité parentale. Il a condamné Maxime à 36 mois de prison, soit six mois de plus que les réquisitions du procureur. La moitié de cette peine a été assortie d’un sursis probatoire de trois ans. L’autre moitié sera effectuée derrière les barreaux. À sa sortie de détention, Maxime devra porter un bracelet anti-rapprochement pendant deux ans.

(*) Le prénom de la victime a été modifié.

 

 

 

 

Anne-Sophie WAGNON HORIOT, avocate à Troyes
Anne-Sophie WAGNON HORIOT
Avocat associé