"Je voulais que ça s’arrête" : accusé d’avoir tenté de tuer un voleur, l’éleveur, volé "des dizaines de fois", était "excédé"
Le deuxième jour du procès d'assises de Jean-Louis Leroux, cet éleveur accusé de "tentative de meurtre" pour avoir tiré sur un de ses voleurs, a été marqué par le débat sur la "mutilation ou infirmité permanente" de la victime, mardi 22 septembre, devant la cour d'assises de la Marne.
Experts et témoins ont défilé à la barre de la cour d'assises de la Marne, à Reims, mardi 22 septembre, au deuxième jour du procès de Jean-Louis Leroux, un éleveur de 53 ans accusé de "tentative de meurtre" pour avoir tiré un coup de fusil dans le ventre d'un jeune homme de 19 ans, Diego H., venu avec deux autres siphonner du gasoil sur les tracteurs de son exploitation, à Ambrières, la nuit du 1ᵉʳ février 2020 – ce délit de "tentative de vol en réunion" a été reconnu, lundi, à l'ouverture des débats.
Depuis six ans, Jean-Louis Leroux, qui comparaît sous contrôle judiciaire, conteste avoir voulu tuer, assurant avoir agi "dans la panique" en voyant Diego H. courir vers lui dans l'obscurité en voulant prendre la fuite avec ses complices – le jeune homme n'était ni armé, ni menaçant. Rappelons encore le contexte plus global de ce drame : Jean-Louis Leroux avait subi une trentaine de vols de gasoil et de carburant au cours des dernières années et il était aussi excédé qu'on peut l'imaginer.
"Il n’arrêtait pas de dire qu’il regrettait"
"Je voulais les arrêter, je voulais juste que ça (les vols) s'arrête", a-t-il répété au cours de l'instruction. Son discernement a-t-il pu être altéré cette nuit-là ? Non, est venu expliquer l'expert psychologue, soulignant que l'éleveur "ne cherche pas à se déresponsabiliser ou à minimiser son acte". L'accusé est un homme "impulsif, qui monte vite dans les tours selon son entourage, mais sans violence manifeste".
Son beau-frère, lui, ne peut retenir ses larmes : "Quand je l’ai accueilli chez moi, il n’arrêtait pas de dire qu’il regrettait, qu’il n’aurait pas dû sortir avec son fusil." Selon Gérard Chemla, un de ses avocats, Jean-Louis Leroux, père de deux enfants, est un homme "intensément normal" qui éprouve "une souffrance psychique indicible". Quelques mois avant de tirer sur Diego H., sa femme l'a quitté : "Une vie de famille gâchée par son acharnement au travail", juge l'avocat.
Le débat d'une "mutilation ou infirmité permanente" pour Diego H.
Dans l'après-midi, l'expert en balistique a assuré que le tir de l'éleveur a été déclenché "à trois ou quatre mètres" de Diego H. : "À cette distance, le tir du fusil et les plombs des cartouches agissent comme une balle." Le jeune homme a frôlé la mort, passant un mois dans le coma et subissant sept opérations pour retirer les plombs "dispersés dans les organes digestifs". Quand les photos des cicatrices sont projetées, la salle frémit.
Ces blessures ont-elles occasionné pour Diego H. une "mutilation ou infirmité permanente", ce qui aurait des conséquences pénales pour l'accusé ? La défense répond par la négative, les parties civiles par l'affirmative, rappelant qu'une partie du côlon et de l'intestin grêle a dû être retirée et que l'expert a chiffré à 8 % l'infirmité de Diego H. Mercredi 23 septembre, Jean-Louis Leroux sera longuement interrogé sur cette nuit qui lui vaut d'encourir trente ans de réclusion criminelle.
Verdict le 24 septembre.
Mathieu Lavoreil et Annabelle Igier, France 3.