La légitime défense retenue dans l’affaire du trentenaire ayant tué son père en voulant se défendre
Si l’avocate générale avait requis quatre ans de prison avec sursis, c’est finalement l’acquittement qui a été décidé dans ce dossier de violences volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner.
« Ne peut-on pas imaginer un instant que c’est le choc émotionnel de voir son père aussi énervé qui expliquerait la violence du coup ? » C’est toute la thèse défendue par Maître Chantal Focachon, l’avocate de la défense. Ce vendredi 3 juillet 2026, la cour criminelle départementale de la Marne finissait d’étudier le dossier impliquant Florian François, accusé d’avoir tué son père sans en avoir l’intention.
Le 10 septembre 2022, une dispute éclate entre le père et l’un des frères du mis en cause. Appelé en renfort, pour calmer les choses, Florian François assène un coup de poing à son père. Ce dernier chute et dans son écroulement, sa tête heurte le sol. Le trauma crânien est dû à la violence de la chute, à la projection, à la cinétique importante, due quant à elle au violent coup donné par le fils. Cette blessure tue le père, la victime. Mis en examen juste après les faits, Florian François n’a jamais fait de détention provisoire dans l’attente de ce procès.
« C’est clair qu’il ne voulait pas donner la mort »
Aujourd’hui devant le tribunal, c’est la légitime défense ou non qui fait débat. Pour l’avocate générale, le coup qu’a assené Florian François à son père ne rentre pas dans ce cadre, bien défini par la loi. « L’attaque doit être injustifiée, c’est-à-dire sans motif valable, la défense doit se faire pour soi ou pour une autre personne, la défense doit être immédiate, c’est-à-dire que l’acte de défense doit intervenir dans le temps de l’agression, la défense doit être nécessaire à sa protection, c’est-à-dire que la seule solution est la riposte, la défense doit être proportionnelle, c’est-à-dire égale à la gravité de l’attaque », indique la définition légale. « C’est clair qu’il ne voulait pas donner la mort », reconnaît le parquet.
C’est d’ailleurs tout le sens de la qualification donnée aux faits : celle de violences volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner. L’avocate générale l’admet également : lorsque Florian François vient récupérer les affaires de son frère qui vient d’être mis à la porte par ses parents, « rien ne dit qu’il vient dans une attitude belliqueuse ». Et Maître Chantal Focachon, l’avocate de Florian François, de répondre : « D’ailleurs quand il arrive, il ouvre la portière de sa voiture et laisse le moteur tourner. Il est là pour deux minutes, juste le temps de récupérer les affaires de son frère ».
« Il ne vient pas en voulant en découdre, c’est le père qui veut en découdre »
Maître Chantal Focachon, avocate de la défense
Là où ça pêche pour l’avocate générale, c’est dans la proportionnalité du coup donné. La nécessité du coup, là encore, n’est pas évidente aux yeux du parquet, qui a notamment déclaré : « À mon sens, il existait plusieurs autres options que la violence : la possibilité de fuir, celle d’alerter les forces de l’ordre ou d’aller se réfugier chez les voisins ». Quant à la défense, elle soutient que Florian François n’avait aucune autre option et que le choc émotionnel expliquerait la violence de l’unique coup donné. « Il ne vient pas en voulant en découdre, c’est le père qui veut en découdre ».
Considérant la personnalité de l’accusé (père de famille inséré, inconnu de la justice) et la dimension involontaire de l’acte, le parquet l’avocate générale requiert une peine importante, 4 ans de prison mais uniquement assortis d’un sursis. Quant à la cour, elle a décidé de suivre la thèse de Maître Chantal Focachon et d’acquitter Florian François, estimant que son geste était défensif.
Par Cassandra Ducatillon avec Marie Charrier pour l'Union