Mort d’Issa, bébé secoué : la mère acquittée, le beau-père condamné à 13 ans de réclusion criminelle

Publié le 11 décembre 2025
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Ce mercredi, la cour d’assises a acquitté la mère d’Issa de la principale charge qui pesait contre elle, à savoir les violences ayant entraîné la mort de son bébé, secoué et maltraité. Elle a toutefois été jugée coupable de non-dénonciation de mauvais traitements et condamnée à quatre ans de prison, dont trois avec sursis et un ferme à purger sous bracelet électronique. Le beau-père d’Issa a été reconnu coupable des violences. Il a écopé de 13 ans de réclusion criminelle.

Il est 17 h, ce mercredi. Assise sur le banc des accusés, Samya Bouhadjar se lève doucement, emportant son sac en bandoulière. Celui qu’elle avait préparé dans l’hypothèse de son incarcération. Il n’en est rien. Samya rentre chez elle sans passer par la case prison.

L’avocate générale avait requis 15 ans de réclusion criminelle contre la mère d’Issa et 18 ans contre son beau-père.

La cour d’assises de l’Aube vient de mettre fin au suspense qui entoure son cas depuis quatre jours. Elle vient de l’acquitter de la principale charge criminelle qui pesait contre elle. À savoir les violences ayant entraîné la mort sans intention de la donner d’Issa, son fils décédé le 16 juin 2022, six semaines après sa naissance.

Un acquittement, plutôt logique au regard de l’absence de preuve formelle, accueilli par un « ouf » de soulagement par l’accusée contre qui l’avocate générale avait requis 15 ans de réclusion. « En dépit des éléments de personnalité défavorables et l’existence d’actes violents sur votre fils, il n’a pas été établi que vous étiez directement à l’origine d’un comportement violent sur votre fils », a souligné la présidente, Émilie Philippe.

Samya a tout de même été condamnée par la cour. Pas pour un crime mais pour un délit. Elle a été reconnue coupable de non-dénonciation des mauvais traitements subis par Issa dans son logement de Saint-André-les-Vergers. Pour cela, elle a écopé d’une peine de quatre ans de prison, dont trois ans de sursis probatoire et un an ferme. Une année qu’elle ne purgera pas derrière les barreaux mais à domicile avec un bracelet électronique à la cheville.

Ce n’est pas le cas de Frédéric Neizelien. Le compagnon de Samya à l’époque des faits a été reconnu coupable des violences ayant entraîné la mort d’Issa, lui qui a avoué l’avoir « violemment secoué ». Il a écopé de 13 années de réclusion criminelle assorties d’un suivi socio-judiciaire d’une durée de trois ans avec injonction de soins. Soit cinq ans de réclusion de moins que la peine requise par l’avocate générale.

« La mort programmée » d’Issa

Le verdict de la cour a été difficilement accueilli par les parties civiles. Un peu plus tôt dans la journée, Maître Anne-Sophie Wagnon-Horiot, avocate de « l’inconsolable » papa d’Issa, avait dénoncé « l’histoire tragique de la mort annoncée » du nourrisson. « Une mort programmée parce que tout le terreau de la maltraitance était déjà là avant sa naissance. Une mère impulsive, caractérielle, maltraitante avec ses premiers enfants. Un beau-père toxicomane, oisif. Des disputes, des insultes, des objets qui se cassent au sein du foyer. Dans ce contexte, la naissance d’Issa était une bombe à retardement », assène l’avocate, convaincue que la mère était au courant des souffrances infligées à son fils : « Elle a vu. Elle a entendu les cris. Issa a appelé à l’aide. Elle savait ce qu’il se passait. Elle savait que son nouveau compagnon n’était pas capable de s’occuper d’Issa. »

Un enfant « brisé comme un vulgaire jouet démoli », selon son grand frère d’une vingtaine d’années et premier fils de Samya.

« Emprise »

Brisé par qui ? « Je suis le seul fautif » a indiqué Frédéric Neizelien dans ses auditions. Une version retenue par la cour malgré le réquisitoire d’Isabelle Verissimo. Faute de pouvoir s’appuyer sur des témoignages directs incriminant la mère d’Issa, l’avocate générale a pointé ses incohérences, ses silences, ses déclarations changeantes, son « emprise » sur son coaccusé, ses mensonges : « L’accusée est une menteuse pathologique qui tord la vérité pour la faire correspondre à ce qui l’arrange. La réalité objective, c’est qu’elle était fatiguée, sujette à des crises de manque d’alcool, de cigarettes, de cannabis. La vérité objective, c’est que les aveux de Frédéric Neizelien ne suffisent pas à expliquer les blessures d’Issa. »

« Mon impératrice »

Une reconstitution du puzzle de ce dossier partagée par Me Capucine Malaussena, l’avocate de Frédéric Neizelien. « Depuis le début de cette affaire, il y a quelque chose de bizarre qui ne colle pas. Issa n’est pas seulement un bébé secoué. Il a été victime de chocs violents causant des fractures qui ne correspondent pas aux aveux de monsieur », entame le conseil avant de dévoiler le fond de sa pensée.

Benoit Soilly 

« Quelque chose s’est joué entre lui et la mère d’Issa. Il lui a promis de ne pas lui faire porter le chapeau comme il l’a indiqué à la juge. Elle lui a promis de lui faire un enfant. Comment on peut faire cette promesse à un homme qui a tué son fils ? Je pense qu’il s’est accusé parce qu’il est immature, qu’il l’aime. Dans ses lettres, il l’appelle “ma reine”, “ma lionne”, “mon impératrice”. Il est dans un état de dépendance. Il est amoureux, aveuglé. Les faux aveux expiatoires pour protéger quelqu’un, ça existe, surtout dans les affaires de bébé secoué. Aujourd’hui, je ne sais même pas s’il a commis les gestes dont il s’accuse. Je ne sais pas qui a fait quoi. Il est enfermé dans sa position et il ne peut plus en sortir », a plaidé l’avocate devant son client, prostré. En vain.

« Pas élue mère de l’année »

Tout le contraire de la volubile cliente de Me Mélanie Sisson. Durant sa plaidoirie, l’avocate s’est appliquée à faire du droit face à la personnalité de la maman d’Issa. Certes, « elle ne passe pas bien devant la cour, elle ne s’exprime pas correctement et elle est vulgaire ». Certes, « elle a une responsabilité dans le fait d’avoir accordé sa confiance trop rapidement » à son compagnon du moment. Certes, « elle ne sera pas élue mère de l’année » mais cela n’en fait pas pour autant une coupable de violences selon elle. « Tous les témoins et personnels paramédicaux entendus sont unanimes. Aucun n’a jamais vu Samya faire preuve de violences sur Issa. Elle l’a toujours contesté et est présumée innocente. Le doute doit lui profiter ».

Contrairement au beau-père d’Issa, coupable peut-être trop idéal, mais coupable quand même : « Il n’y a aucun doute possible sur la culpabilité de Frédéric Neizelien qui a reconnu avoir commis les secouements qui ont entraîné la mort d’Issa », a chargé l’avocate.

Vérité judiciaire

Elle a été suivie par la cour d’assises qui, à défaut de connaître toute la vérité sur cette affaire, a rendu sa vérité judiciaire. Une vérité définitive ? Au cours des débats, Frédéric Neizelien a indiqué qu’il ne comptait pas faire appel. Acquittée, Samya Bouhadjar ne réclamera pas un second procès. Le ministère public a dix jours pour y réfléchir.

Anne-Sophie WAGNON HORIOT, avocate à Troyes
Anne-Sophie WAGNON HORIOT
Avocat associé