Procès de l’agriculteur d’Ambrières : un homme décrit comme « intensément normal » au cœur de la deuxième journée d’assises
Le procès d’assises de Jean-Louis Leroux s’est poursuivi ce mardi 22 septembre. Durant la journée, proches et experts ont livré une description de celui qui est accusé de tentative de meurtre pour avoir tiré sur l’un de ses présumés voleurs.
Quand la personnalité de Jean-Louis Leroux est évoquée en cour d’assises, son avocat, Maître Gérard Chemla, n’hésite pas à balayer d’un revers de manche l’idée d’un justicier. Un homme « intensément normal » continue-t-il, devant le tribunal judiciaire de Reims ce mardi 22 septembre.
Sur un écran devant lui, un expert psychologue ne réfute pas cette hypothèse : « Comparativement à son profil, cela me semble crédible ». La deuxième journée du procès d’assises de l’agriculteur jugé pour tentative de meurtre est lancée pour répondre à une question : qui est Jean-Louis Leroux et comment expliquer son tir sur l’un de ses voleurs présumés dans sa ferme à Ambrières ?
Deux passions : sa ferme et la chasse
Quand on l’appelle à la barre, l’accusé se lève doucement, prêt à répondre aux questions de la cour et des avocats. « Vous vous reconnaissez dans ce qu’on dit de vous ? », demande la présidente, avant qu’il ne s’y prenne à deux fois pour répondre positivement avec une petite voix. Cette réserve a été le fil conducteur de ces réactions quand il s’agissait de décrire ce qu’il a ressenti.
Toute sa vie, il a baigné dans le milieu agricole, déménageant à Ambrières dès ses six ans dans la ferme actuelle qui appartient à sa famille depuis 4 générations. Après un parcours scolaire où il était un élève moyen, il se concentre très vite vers le monde de l’agriculture. En 2007, il reprend la ferme de son père et s’investit dans la profession. « C’est quelqu’un de disponible, engagé dans la profession agricole et qui en fait la promotion », explique Hervé Lapie, ancien président de la FDSEA auditionné lors du procès.
Ses autres passions : la chasse, qu’il pratique régulièrement. S’il tient son élevage de 352 vaches à viandes et 225 hectares agricoles, plusieurs vols à répétition vont perturber son travail. Selon la juriste chargée de l’enquête de personnalité, une bascule intervient en 2019. « On voit un changement dans son comportement et son état d’esprit ». En plus de vols à répétition dans sa ferme qui le désorganisent, il divorce avec sa femme et son père décède.
Une accumulation de facteurs
Pour son entourage, il peut être décrit comme « impulsif et gueulard », mais toujours « droit », sans que cela n’aille plus loin que les mots. « Il pouvait être énervé quand il rentrait chez lui à cause des vols, il voulait tout arrêter », relate son beau-frère quand on lui pose la question, très affecté. Lorsque la cour lui pose la question, le principal intéressé explique être complètement démoralisé. « Quand j’avais un vol, je venais le dire à ma mère, en pleurs, car ça devenait insupportable », rappelle-t-il, sans s’épancher sur le sujet.
Si tous ces éléments ne justifient pas l’acte réalisé lors de la nuit du 31 janvier au 1er février, à savoir un tir à 4 mètres dans le flanc gauche de Diego H., ils donnent un aperçu de l’état dans lequel était l’accusé au moment des faits. Selon les experts, s’il y a eu une forme de fatalisme et d’injustice avant cette nuit, l’acte a malgré tout engendré « une culpabilité réelle ».
Reste que le tir en direction d’un individu a été reconnu par Jean-Louis Leroux. Peu avant les faits, Stéphane André, gendarme à Vitry-le-François, lui rappelait « ne pas faire justice lui-même avec les risques qu’il encourt ». Sans laisser transparaître d’émotion ni avoir un mot plus haut que l’autre, il finit par concéder : « J’espère que les gens vont comprendre comment ça s’est passé et pourquoi j’en étais arrivé à ça ».
Hippolyte Semin, l'Union.