Quatre Marnais condamnés à de la prison après une violente agression dans un quartier de Châlons-en-Champagne en juin 2025

Publié le 06 novembre 2026
L'Union
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Frappé avec une barre de fer, balayé, heurté par une voiture… Un véritable déferlement de violence s’est abattu sur un jeune homme du quartier de Châlons-en-Champagne pour des raisons encore obscures malgré une audience XXL.

Les faits : 

  • Le 29 juin 2025, cinq hommes s’en prennent à un sixième à La Bidée.
  • Il est environ 22 heures quand les différents protagonistes s’en prennent à un jeune homme.
  • La victime est percutée par une voiture, reçoit des coups de barre de fer, des coups de poing, de pieds et de couteau.
  • Du 11 au 16 juillet 2025, cinq hommes sont mis en cause pour ces violences.
  • Un an et demi plus tard, ce mardi 3 novembre 2026, tous étaient entendus par le tribunal de Châlons-en-Champagne.
  • Un Rémois primo délinquant et quatre récidivistes originaires du quartier de La Bidée sont entendus.
  • L’un d’entre eux sera relaxé.
  • Deux membres de l’expédition punitive sont retournés en prison, les deux autres pourront bénéficier d’aménagements de peine.

Neuf heures d’audience n’auront pas suffi à dégager un mobile clair à cette agression. Cette affaire brosse le portrait d’un quartier sous omerta. Un silence ambiant plane sur la Bidée et en particulier sur cette soirée estivale du 29 juin 2025.

Le sort réservé à la victime est quant à lui sans appel : ce dimanche de juin 2025, ce sont bel et bien les cinq prévenus ici présents le mardi 3 novembre 2026 au tribunal qui ont mis en place, ensemble, « une véritable machine à blesser », décrit le parquet, repris ensuite par la partie civile.

Le 29 juin 2025, c’est un début de soirée dominical comme d’autres à La Bidée. Le quartier est animé, il y a du monde dehors, comme en témoignent les récits faits par les différentes caméras de vidéosurveillance du quartier. Le jour se couche à peine, c’est l’été et il fait encore chaud. Les badauds sortent le triptyque claquette – T-shirt – short.

 

Une audience XXL
Au tribunal de Châlons-en-Champagne, les audiences correctionnelles collégiales se déroulent habituellement le mercredi après-midi. Seulement, ce dossier particulièrement volumineux a reçu un accueil différent au vu de son épaisseur et du besoin de pousser les interrogatoires. Il a été audiencé un mardi, dès 9 heures et jusqu'à 20 heures, sans compter le délibéré des magistrats du siège.

 

« Lynchage » et « massacre »

En toute détente ou presque, la victime va faire ses emplettes au magasin du coin. Assez vite, il lui revient tout de même un bruit aux oreilles : une bande de gaillards venus du quartier pour les uns et de Reims pour un autre est à ses trousses. Pourquoi ? Cela demeure encore aujourd’hui dans le secret des lois du quartier. La représentante du procureur aura bien essayé de les questionner. Une affaire de trafic de stups ? Une rancœur d’antan ? Ils n’en diront rien.

Entre les protagonistes, ce sont les liaisons brumeuses. Les mis en cause nient majoritairement les violences et la victime assure ignorer les causes d’une telle brutalité à son égard, un « massacre » selon les mots de sa mère, un « lynchage », pour le parquet.

 

« Vous parlez d’un plan ! Ils sont sous les caméras de la ville en claquettes chaussettes ! On n’est plus dans quelque chose de réfléchi, de consensuel. On est dans une bagarre de rue »

À peine sorti du magasin, c’est une séquence d’un haut degré de violence qui est décrite par une témoin. « Moi, je n’y étais pas, entame Me Lachenaud pour la partie civile. Mais il y a quelqu’un dans le dossier qui dit que la scène était tellement violente qu’elle a cru que la victime était morte. »

Des coups de barre de fer (ou de bâton selon les versions), des coups de poing, de pieds et des coups de couteau et une voiture qui le percute sont aperçus et recoupés à travers les maigres témoignages que les enquêteurs parviennent difficilement à récolter sur place. « Dès le début de ce dossier, comme par hasard, les témoins de la scène refusent de donner leur identité, prolonge l’avocate. Ça vous dépeint l’omerta qu’il y a dans ce quartier. » Et d’ajouter : « Il y a un tel climat de terreur dans ce quartier qu’on a forcément peur des agresseurs. »

Les blessures de l’homme l’ont plongé plusieurs jours dans le coma. Après l’agression, il a reçu 20 jours d’ITT, pour Incapacité totale de travail. Le résultat d’un « acte méthodique, un véritable guet-apens », pour la représentante du procureur. Une version tour à tour balayée par les avocats de la défense, fermement opposés à cette version.

Sur la préméditation, Me Anne Claire Moser, conseil du conducteur de la voiture, image : « Attention, là, c’est Bambi sur la glace. Là, on veut désespérément colorer un dossier ». Une théorie nulle et non avenue pour Maître Sébastien Busy également, qui, pour son client Malik Arabi, reconnaît des violences mais uniquement un croche-pied, alors même qu’il est mis en cause par la victime pour des coups de couteau. Là, le parquet ira dans le sens de la défense et évoquera un manque d’éléments. Et pour clore, Me Ammoura, pour les intérêts des trois frères, de fustiger : « Vous parlez d’un plan ! Ils sont sous les caméras de la ville en claquettes chaussettes ! On n’est plus dans quelque chose de réfléchi, de consensuel. On est dans une bagarre de rue » et pour clore sa plaidoirie, d’appeler « à une vision ni trop simple, ni trop sévère du dossier ».

 

De cinq ans à dix mois de prison ferme
L’un des membres de la fratrie est relaxé. Soufiane et Yacine Khamouli sont respectivement condamnés à cinq et trois ans et demi de prison ferme pour des coups de couteau et des coups de barre de fer. Ils retournent immédiatement en détention. Le conducteur du véhicule qui a heurté la victime et acheminé les membres de cette expédition punitive sur place, Nasir Ouldja, est condamné à un an de prison ferme et devra se rendre devant le juge d’application des peines pour examiner les modalités d’exécution de sa peine. Enfin, Malik Arabi, pour sa participation à cette rixe, est condamné à dix mois de prison ferme avec un aménagement possible sous la forme d’un bracelet électronique.

 

Cassandra Ducatillon, L'union

Sébastien BUSY, avocat pénaliste à reims. Il intervient en droit pénal, crash aérien, permis de conduire
Sébastien BUSY
Avocat associé