Reims : cinq ans de prison, dont un ferme sous bracelet électronique, pour l’agriculteur qui a tiré sur des voleurs
La cour d'assises de la Marne a rendu son verdict ce jeudi dans le procès de Jean-Louis Leroux, l'agriculteur qui a ouvert le feu sur des voleurs de carburants en 2020, et de trois cambrioleurs. Il est condamné à cinq ans de prison, dont quatre avec sursis et un ferme sous bracelet électronique.
Depuis quatre jours, les assises de la Marne à Reims jugeaient Jean-Louis Leroux, agriculteur à Ambrières, pour tentative de meurtre sur des voleurs de carburants, dans la nuit du 31 janvier au 1ᵉʳ février 2020, et trois cambrioleurs présumés, pour tentative de vol en réunion. Une audience particulière, puisque l'éleveur de 53 ans était poursuivi pour avoir ouvert le feu sur ses trois co-accusés, âgés de 35, 28 et 25 ans, dont l'un a été grièvement blessé.
Jean-Louis Leroux pas reconnu coupable de tentative de meurtre
Ce jeudi, à l'issue de près de cinq heures heures de délibéré, la cour a rendu son verdict : Jean-Louis Leroux n'est pas reconnu coupable de tentative de meurtre, mais condamné pour violence avec arme ayant entrainé une mutilation, à cinq ans de prison dont quatre avec sursis. La peine de prison ferme d'un an sera effectuée sous bracelet électronique à domicile. À cela s'ajoutent la confiscation de ses armes et deux ans d’inéligibilité.
Concernant les coaccusés poursuivis pour vols, ils sont tous reconnus coupables de vol en réunion et d’avoir tenté de dérober du carburant ce soir-là à Jean-Louis Leroux. Diego, qui a frôlé la mort, est condamné à deux mois avec sursis. Un autre homme à quatre mois de sursis. Tous les deux avaient un casier judiciaire vierge. Le troisième, récidiviste, à 10 mois avec sursis probatoire pour une durée deux ans.
La procureur avait requis mercredi cinq ans d'emprisonnement, dont quatre assortis d’un sursis simple, pour Jean-Louis Leroux, et contre les voleurs présumés : six mois avec sursis probatoire pour l'un d'entre eux, voleur en récidive, quatre mois avec sursis simple pour les deux autres, au casier vierge au moment des faits, dont Diego.
La légitime défense n’a pas été retenue
La légitime défense, plaidée par l'avocat de Jean-Louis Leroux, n’a pas été retenue, mais la cour a retenu l’altération du discernement. Elle estime que l'agriculteur a tiré par deux fois, à quelques mètres de la victime, une personne non armée et non menaçante, mais sans volonté de viser une zone vitale. L’altération du discernement se justifie par le rapport de l’expert psychiatre, au vu des vols en série dont l'éleveur était victime depuis des années.
"Le système ne l'a pas protégé"
Maître Gérard Chemla, le défenseur de Jean-Louis Leroux, lui conseille de faire appel. Il a dix jours pour le faire. A l'annonce du verdict, l'agriculteur a versé "des larmes de déception", explique l'avocat, "la justice est loin des réalités, le système ne l'a pas protégé. Et aujourd'hui le système le condamne de façon injuste". Le fait que son client ne retourne pas en prison et effectue sa peine avec un bracelet électronique, chez lui, n'allège pas cette déception. "Le débat, ce n'était pas tellement la prison", insiste Maître Gérard Chemla, "le débat, c'était déjà la culpabilité. Lui, ce qu'il a demandé, ce n'est pas ne pas aller en prison, c'est être acquitté."
Dès le début du procès, Jean-Louis Leroux a reconnu avoir tiré en direction des trois hommes, mais nié l'intention de tuer. Son avocat avait plaidé la légitime défense, affirmant que son client était "d'abord une victime" de vols à répétition depuis des années. Maître Gérard Chemla a recensé 28 plaintes déposées pour vol par son client entre 2015 et 2020. "Je reconnais avoir tiré en sa direction, à cause de la peur", avait expliqué l'agriculteur au début du procès. Jean-Louis Leroux a reçu le soutien de la profession agricole et notamment de son syndicat, la FDSEA.
L'avocat de Diego, grièvement touché ce soir-là, a insisté lui sur l'échelle de valeurs entre la tentative de vol et la tentative de meurtre. "Être agriculteur, ce n'est pas être au-dessus des lois" , a plaidé Me Arthur de la Roche, "quand je parle de hiérarchie, c'est que d'un côté, on reproche à Diego d'avoir attenté à la propriété d'autrui. Ce que l'on reproche à Jean-Louis Leroux, c'est beaucoup plus grave dans l'échelle des valeurs, c'est d'avoir attenté à la vie d'autrui."
Blandine Costentin , Sophie Allemand, ici