Tentatives d'assassinat à coups de hache : le père de famille condamné à 25 ans de prison

Publié le 28 avril 2025
L'Est éclair
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Ce vendredi, Cédric F., 48 ans, a été condamné par la cour d’assises pour avoir tenté d’assassiner à coups de hache ses deux garçons et son ex-compagne, le 6 janvier 2023. Il avait reconnu l’intégralité des faits sans toutefois pouvoir les expliquer.

Les photos des blessures infligées aux deux garçonnets pendant le massacre, aussi rapide qu’impitoyable. L’enregistrement de l’appel de détresse passé au 17 par la mère de famille, convaincue qu’un cambrioleur s’était introduit chez elle. La description, détaillée par le médecin légiste, de la chair déchirée et des os brisés des deux enfants et de leur mère. Rien n’aura été épargné, deux ans et trois mois plus tard, aux trois victimes de l’horreur. Mais rien n’aura été épargné non plus aux magistrats professionnels mais surtout aux jurés de la cour d’assises chargés de juger Cédric F., 48 ans, ce père de famille qui a tenté d’assassiner à la hache, dans des circonstances particulièrement glauques, ses jumeaux et son ex-compagne, le 6 janvier 2023, vers 23 h 30. Rien ne leur a été épargné, ni le sang, ni les cris déchirants pendant 48 secondes, ni les coups de hache, sinon entendus, au moins imaginés.

Mais pour pouvoir tourner la page, comme les petites victimes l’ont courageusement espéré à la barre, mercredi, il leur fallait se séparer de toute cette horreur, la laisser en salle d’audience, pour espérer abandonner une part de noirceur derrière eux. Pour qu’il y ait un avant et un après procès. Sans effacer l’histoire, devenue la leur. « Ses mots sont devenus des maux qu’on gardera à vie, je ne pardonnerai jamais », avait tenu à énoncer la maman victime.

« Qu’y a-t-il de plus douloureux pour une mère que de voir ça ? »
Maitre Wagnon-Horiot, conseil de la partie civile
Si les rires et l’insouciance retrouvent petit à petit droit de cité au foyer, la mère « est un peu morte là-bas », comme s’en est émue son conseil, Maitre Wagnon-Horiot, pendant sa plaidoirie, ce vendredi matin. « Elle a tout perdu, elle se sent diminuée, assistée, responsable, limitée dans son rôle de mère. » Victime « d’un stress post-traumatique moyen très invalidant », un accompagnement psychologique s’avère « incontournable ». Elle en bénéficie déjà, elle, mère courage restée debout après l’indicible douleur d’avoir assisté au massacre de ses deux enfants. « Bravo, Monsieur, qu’y a-t-il de plus douloureux pour une mère que de voir ça », l’a confrontée l’avocate, en regardant Cédric F. directement dans le box.

Les petits, courageux aussi, solaires malgré tout, sont partagés « entre l’attachement et la colère » ressentis à l’adresse de leur père. Confrontés chaque jour, en raison de leurs cicatrices, à ce que la personne censée les protéger toute leur vie durant, leur a fait subir alors qu’ils n’avaient que 11 ans, dans le cocon de leur chambre à coucher. Leur prise en charge devrait être aussi « rapide que cruciale » même si, en tant que jeunes adolescents, ils n’en veulent plus pour le moment. « Onze ans après les avoir reconnus à Reims, il les y a renvoyés, en urgence, ce 6 janvier 2023 (ils ont été pris en charge au CHU de Reims en raison de leur état) », a insisté leur avocate.

Pas minimiser mais réhumaniser
Si la matérialité des faits ne fait précisément aucun doute – Cédric F. a tout avoué –, l’avocat général a fait sienne la thèse de la préméditation : « Ses propos menaçants en 2022 (de « cramer la maison », de se « jeter du balcon avec les enfants », de « la défoncer »…), ses différents achats (hache, pied-de-biche, bâillon, menottes…) juste avant les faits, son attente devant la maison pendant 4 heures, son projet mûri ». Sans aucune autre explication que « la haine et la rage », c’est à une peine de 25 ans de réclusion criminelle qu’il souhaiterait l’astreindre.

En défense, pour Maitre Pienonzek, la question n’est pas « de minimiser la monstruosité mais d’essayer de réhumaniser » son client. Pour être comprise, une peine doit laisser entrevoir un horizon de « réintégration » à la société et non « de mise à mort ». Il lui a fallu donc rappeler ce que les experts ont constaté, « que le vide et l’absence dans l’enfance pouvaient causer des dommages dont on n’avait pas conscience ». « Comme remplir un seau percé. » Qu’il a raté la marche de l’âge adulte, mais que son sentiment de culpabilité et ses aveux, répétés au long du procès, n’avaient rien de feint. Et que, grâce au procès, il avait enfin été capable de se confronter à la réalité. En écoutant, notamment, l’enregistrement de l’appel au 17. C’est aussi cela la vertu de l’audience.

Préméditation retenue
Finalement, la préméditation a bien été retenue et c’est pour les tentatives d’assassinat que Cédric F. a été condamné ce vendredi à 25 années de réclusion criminelle. Il a accueilli le verdict sans broncher. 

 

 

 

 

Anne-Sophie WAGNON HORIOT, avocate à Troyes
Anne-Sophie WAGNON HORIOT
Avocat associé