"Tout a valsé dans le train" : la SNCF devant le tribunal douze ans après une violente collision entre un TGV et un TER
Douze ans après la violente collision entre un TER et un TGV à Denguin, dans les Pyrénées-Atlantiques, qui avait fait 36 blessés en 2014, le procès de la SNCF et de SNCF Réseau s'ouvre ce lundi 5 octobre devant le tribunal correctionnel de Pau. Poursuivies pour "blessures involontaires", les deux entités doivent répondre d'un défaut de maintenance sur des câbles de signalisation rongés par des rats.
La SNCF et SNCF Réseau comparaissent ce lundi 5 octobre devant le tribunal correctionnel de Pau, pour "blessures involontaires", douze ans après une collision entre deux trains qui avait alors fait trente-six blessés, à Denguin, dans les Pyrénées-Atlantiques.
Collision entre deux trains
C'était il y a douze ans, le 17 juillet 2014, un impressionnant accident avait lieu entre un train régional et un TGV, à hauteur de Denguin. Vers 16h45, ce jour-là, un feu de signalisation tombe en panne. Alors que la réparation est en cours, un TGV arrive, il s'arrête puis roule lentement à 30 km/h. Mais cinq minutes plus tard, un TER circulant entre Pau et Orthez arrive derrière, à 95 km/h. Le choc est inévitable.
Une collision due à un signal passé au vert, ayant conduit le TER à avancer alors qu'il aurait dû rester à l'arrêt. "Il y a eu un gros choc, tout a valsé dans le train, confiait alors un passager. J'étais assis donc il n'y avait pas de problème mais ceux qui étaient debout, à mon avis, ils ont dû valser".
Trente-six voyageurs ont ainsi été blessés ou choqués. "Je me suis pris la petite tablette au niveau du thorax", racontait une passagère. "Les bagages sont tombés, et les personnes qui étaient assises ont été projetées en avant puis en arrières comme dans un accident de voiture", précisait un autre passager.
Des câbles rongés par les rats
À l’époque, le vice-procureur de la République de Pau, Sébastien Ellul, constatait que "le TER a ralenti avant l'impact, il n'a pas pu s'arrêter. Néanmoins la vitesse du train a diminué, ce qui confirme la version du conducteur qui indique qu'il a vu le train devant lui en allure réduite sur la voie mais qu'il n'avait pas suffisamment de temps pour s'arrêter".
Trois enquêtes avaient alors été lancées simultanément. Toutes concluront à un dysfonctionnement dans la borne de signalisation. Le rapport définitif du Bureau d'enquêtes sur les accidents de transport terrestre (BEA-TT) précise que des rats auraient rongé des câbles qui se seraient touchés avec les vibrations, provoquant le passage du feu au vert. Les opérations de maintenance n'ont "pas suffisamment pris en compte les dégâts susceptibles d'être causés par les rongeurs aux câbles des guérites de signalisation", avait établi ce rapport.
De leur côté, les syndicats de la SNCF pointaient du doigt un sérieux manque d'entretien. "Au niveau de la maintenance préventive des signaux, nous avons réduit notre retard qui était de l'ordre de trois mois à un mois de retard, mais on a quand même des dysfonctionnements qui nous semblent importants et graves", rapportait en juillet 2015, Jean-Marc Descazeaux, secrétaire CGT cheminots.
Campagne de vérification
Suite à cet accident, la SNCF avait lancé une importante campagne de vérification et de remise en état des équipements de signalisation. Celle-ci avait révélé que 36 % des installations présentaient des traces de passages de rongeurs et que dans 5 % des cas, des fils étaient endommagés.
Après dix ans d'instruction, la SNCF et SNCF Réseau, la gestionnaire des lignes, ont été renvoyés en 2024 devant le tribunal correctionnel pour n'avoir "pas déployé assez de moyens" pour lutter contre ce risque. Pour Me Philippe Valent, avocat de la SNCF, les débats s'annoncent "très techniques", à l'audience, "sur ce qui a pu être à l'origine" du feu vert incriminé.
Au total, 228 passagers, dont 178 dans le TGV, circulaient à bord des deux trains. Parmi les victimes, une a été blessée grièvement, avec une incapacité totale de travail de six mois (ITT), les 35 autres n'ayant que des blessures légères. Certaines victimes ont été indemnisées par la SNCF après des protocoles d'accords transactionnels.
Jugé douze ans après les faits, cet accident "fait partie des dossier extrêmement mal traités par la justice, il arrive à l'audience au moment où ça n'a plus de signification", estime Maître Gérard Chemla, avocat de la Fédération nationale des victimes d'attentats et d'accidents collectifs, sur le banc des parties civiles. L'avocat, qui compte "mettre la SNCF en face de ses responsabilités", insiste sur la nécessité d'afficher "de la persévérance" car "il est trop simple de dire que ça n'a plus d'intérêt quand on attend depuis si longtemps". Le procès est prévu jusqu'à vendredi 9 octobre.
Camille Michelland & Elise Daycard, France 3