Un choc entre un TER et un TGV fait 36 blessés : des câbles rongés par des rats à l'origine de l'accident, selon les experts

Publié le 14 octobre 2026
France 3
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En 2014, 36 personnes étaient blessées dans un accident entre un TGV et un TER à Denguin, dans les Pyrénées-Atlantiques. Douze ans plus tard, la première journée du procès de la SNCF et de SNCF réseaux a donné la parole aux experts. Ils pointent clairement des manquements graves dans l'entretien des postes de signalisation. Et un défaut d'étanchéité propice aux intrusions de rongeurs.

"Nous avions besoin des plans de connexion des câbles électriques de la guérite (poste de signalisation), on les a trouvés complètement rongés par des rats !". Le témoignage paraît irréel pourtant c'est bien l'un des experts, appelé à témoigner à la barre du tribunal correctionnel de Pau ce lundi 5 octobre 2026, qui parle.

Une série de négligences au cœur des débats 

Il explique que l'accident du 17 juillet 2014 entre un TER et un TGV à Denguin, à une quinzaine de kilomètres à l'ouest de Pau, a été causé par un défaut de maintenance et par un manque d'étanchéité du poste de signalisation numéro 23.

« Des rongeurs sont entrés dans la guérite qui n'était pas du tout étanche, ils ont rongé deux fils. Ces fils sont entrés en contact, ce qui a provoqué le basculement du feu rouge en feu vert » 

"Il s'agit clairement d'une série de négligences" dénonce Maître Juliette Jeannot, l'avocate de la fédération nationale des victimes d'attentats et d'accidents collectifs (Fenvac).

Ce jeudi 17 juillet 2014, un TGV en provenance de Pau et en direction de Dax s'arrête à un feu rouge au poste de signalisation n°23. Alors qu'une intervention technique est en cours, il est autorisé à repartir mais à vitesse réduite, pas plus de 30 km/h.

Arrive ensuite un TER qui s'arrête au même feu rouge puis redémarre quand celui-ci passe au vert. Personne ne sait à ce moment-là que des rats ont rongé les câbles. Et que la vibration des rails les a rapprochés. Ce qui a fait repasser le feu au vert. Alors qu'il est lancé à 120 km/h, le conducteur aperçoit le TGV qui roule au ralenti juste devant lui, au détour d'un virage. Les deux trains sont sur la même voie et se dirigent tous deux vers l'ouest. Le TER freine mais le choc est inévitable. Il s'encastre violemment dans l'arrière du TGV, les bagages valsent, les passagers sont projetés en avant puis en arrière. Cinquante cinq seront blessés dont deux gravement et trente-six avec ITT. S'il n'y a pas eu de morts c'est parce que "les deux trains roulaient dans le même sens" révèlent les expertises.

Aujourd'hui la Fenvac veut porter "la voix de la sécurité du transport des personnes" et voir des responsabilités clairement établies, même si les victimes ont déjà été indemnisées via des protocoles d'accord avec la SNCF. "On ne peut se permettre aucune négligence en matière de transport de personnes, c'est beaucoup trop dangereux".

Trois catastrophes en trois ans 

"Cet accident de Denguin tombe entre celui de Brétigny-sur-Orge, survenu un an auparavant, et celui d'Eckwersheim, un an après" souligne Maître Bérenger Tourné, l'avocat de la CGT Cheminots.

Le premier, provoqué par le déraillement d'un intercité Paris Limoges, avait tué sept personnes, le deuxième avait causé la mort de onze personnes lors d'un voyage d'essai du TGV Grand Est. "On a trois catastrophes en trois ans"

« A chaque fois ce sont les mêmes causes qui produisent les mêmes effets. Un manque de moyens qui entraîne un manque de personnel qui entraîne une mauvaise maintenance qui entraîne un accident » 

L'avocat déplore l'impunité de "ceux qui font faire". "Vous avez les cheminots qui font et les dirigeants qui font faire. Ceux-là ne sont jamais là pour répondre sur le banc des prévenus". Le procès est en effet celui des entités SNCF et SNCF réseaux poursuivies pour blessures involontaires en tant que personnes morales.

« Il y a ce paravent un peu facile de la responsabilité pénale des personnes morales, alors que c'est la responsabilité des dirigeants et des décideurs qui devrait être envisagée »  

"C'est cette impunité qui nous a menés là", affirme le défenseur des cheminots. Pour lui, c'est tout le système de la course aux économies qui a mené au désastre. "On rogne toujours plus. À l’origine on a la SNCF et Réseaux Ferrés de France, deux sociétés publiques. Elles sont transformées en établissements publics industriels et commerciaux, puis en sociétés anonymes à capitaux publics et elles deviendront certainement bientôt Véolia Trains et Véolia Rails une fois que le processus de privatisation sera acté".

Le procès doit durer cinq jours. Après les experts ce lundi, ce sont les représentants de la SNCF et de SNCF réseaux qui seront appelés à la barre mardi.

Gérard CHEMLA, avocat rémois réputé en matière pénale des victimes
Gérard CHEMLA
Avocat associé
Juliette JEANNOT
Avocat