Un homme condamné pour avoir chassé le hérisson et commis un home-jacking près de Marigny-le-Châtel
Deux hérissons présents dans le coffre de la voiture d’un membre de la communauté des gens du voyage ont été sauvés par les gendarmes en 2022. En plus de cette chasse illégale, le propriétaire du véhicule venait de commettre un home-jacking.
En août 2022, dans un contexte de recrudescence du nombre de cambriolages dans la région, les gendarmes opèrent une mission de surveillance, dans le secteur de Marigny-le-Châtel.« Une opération qui permettait de positionner les gendarmes en divers endroits », précise la présidente du tribunal, à l’audience du 28 avril. Un maillage autorisant par ailleurs une intervention rapide en cas de signalement de comportements suspects ou de faits commis. C’est le cas, le 12 août, à 2 h du matin.
Les patrouilles alertées, en temps réel, du home-jacking
Un homme de 75 ans, vivant seul, dans un petit village du secteur, vient d’être victime d’un home-jacking, ce type de cambriolages bien particulier où la victime est présente au domicile lors de l’intrusion d’une équipe de voleurs. Divers objets dont des bijoux, ainsi que sa voiture, sont dérobés.
Le message est diffusé à toutes les patrouilles présentes sur le terrain. Deux véhicules roulant à vive allure vont rapidement être repérés. Bientôt, l’un d’eux, appartenant à un homme dénommé Georges Kessler, est retrouvé « planté dans un champ de betteraves », dixit la présidente. Des objets appartenant à la victime se trouvent à l’intérieur et à proximité immédiate*.
« Nous, les gens du voyage, on mange les hérissons, je ne savais pas qu’on n’avait pas le droit »
-Le prévenu
Si cela peut sembler plus anecdotique, le coffre du véhicule renferme deux hérissons vivants, remis en liberté par la suite. La capture de cette espèce protégée constitue une seconde infraction. « Nous, les gens du voyage, on mange les hérissons, je ne savais pas qu’on n’avait pas le droit ». À la barre du tribunal de Troyes, Georges Klesser, 38 ans, reconnaît volontiers être parti à la chasse aux hérissons avec un ami. Mais ce sera tout pour les aveux. Il affirme ne pas avoir participé au home-jacking*.
Les objets subtilisés chez la victime retrouvés près de son véhicule ou la présence de son ADN et de l’ADN de la victime sur des gants de manutention lui appartenant ? Il ne « l’explique pas ». Il n’explique pas davantage que le véhicule volé ait été retrouvé calciné, à 900 mètres de chez lui, de nombreux mois plus tard. À l’audience, Georges Kessler raconte qu’il conduisait bien son véhicule, ce soir-là, car il était parti chasser le hérisson. Comme des personnes semblaient le suivre, il a pris peur et a abandonné sa voiture dans un champ. Certainement que quelqu’un l’aura ensuite utilisée…
Pour le procureur, le prévenu nie « l’évidence »
Mais les faits sont têtus. « Il s’est passé 21 minutes entre l’appel au 17 et le moment où le véhicule a été retrouvé dans le champ. Le temps est très court », souligne le substitut du procureur avant d’ajouter : « Dans ces affaires, – sauf à être pris en flagrant délit –, on ne reconnaît jamais, jusqu’à nier l’évidence ».
Le magistrat insiste par ailleurs sur la violence de ces intrusions, en pleine nuit, chez des personnes vulnérables. « On se fait réveiller par une claque, on est forcé à rester dans son lit, les individus menacent avec une arme ou font croire à la présence d’une arme. On imagine comme le temps a dû paraître long pour la victime alors qu’on retourne tout dans sa maison. » Il requiert 30 mois de prison avec mandat de dépôt.
Maître Busy, avocat rémois, à la défense, bondit : « Effectivement, les faits sont très désagréables mais on est sur une prévention d’août 2022 », rappelle-t-il pour souligner le « retard » pris par le dossier. « Nous sommes près de quatre ans après les faits, aujourd’hui mon client a une situation professionnelle stable. Il a quatre enfants et c’est lui qui assure la subsistance de son foyer ». Il ajoute encore que le prévenu n’a pas été mis en cause pour des faits d’atteinte aux biens depuis 2022.
Le tribunal a finalement condamné Georges Kessler à 24 mois de prison dont 12 avec sursis probatoire durant deux ans. La peine ferme n’a pas été aménagée dès l’audience. Il devra rencontrer un juge de l’application des peines.
*Les autres membres de l’équipe n’ont pas été identifiés.
Par Orianne Roger pour l'Est-Eclair