Meurtre de Bastien Payet : « Un nouveau procès, c’est rajouter une couche à la souffrance »
Sept ans après la mort de Bastien Payet, sa mère et son beau-père évoquent sa mémoire et l’absence qui ne les quitte jamais. Le procès en appel des trois hommes suspectés de l’avoir tué s’ouvre ce mardi à Charleville-Mézières.
Ce mardi 17 mars, une nouvelle épreuve, une de plus, attend la famille de Bastien Payet : le procès en appel des trois hommes soupçonnés de lui avoir asséné les coups mortels le 9 mars 2019. L’audience qui doit durer jusqu’au 25 mars se tient à Charleville-Mézières. Sept ans après les faits, la justice va de nouveau se pencher sur cette nuit qui a bouleversé leur vie à jamais.
Une relation fusionnelle
À quelques jours de ce nouveau rendez-vous avec la justice, Frédérique Couturier, la mère de Bastien, Jean-Paul Gallimard, son beau-père et Marie Meyer, sa petite amie, se sont retrouvés dans le cabinet de leur avocate, Pauline Manesse, pour une ultime entrevue avant le premier jour d’audience.
Un parcours judiciaire destructeur pour les victimes
Aux côtés de la maman, du beau-père et de la fiancée de Bastien Payet depuis le 10 mars 2019, Maître Pauline Manesse assiste la famille avec Maître Gérard Chemla. À quelques heures de l’ouverture de ce procès en appel, l’avocate ne souhaite pas entrer dans le détail du dossier, ni de l’audience qui doit se poursuivre jusqu’au 25 mars.
Un procès important du premier au dernier jour
Elle insiste, en revanche, sur la violence du parcours judiciaire pour les proches des victimes. « Les rencontres imposées par ce parcours sont très destructrices pour les victimes. Avec des questions parfois inadaptées des experts qui s’apparentent à de la maltraitance. C’est un véritable parcours du combattant pour elles », explique-t-elle.
Un procès en appel particulièrement long, précise-t-elle aussi, en raison des trois accusés et d’un dossier volumineux, mais « important du premier au dernier jour ».
« Bastien a droit à la justice pour qu’il puisse enfin reposer en paix », confie Frédérique. Les souvenirs se succèdent. Amènent un sourire. Parfois, les mots se brisent. « Tout ce que j’ai pu faire dans la vie, c’est pour Bastien. Même avant sa naissance. » Frédérique Couturier évoque ce parcours du combattant qui a duré trois ans avant de pouvoir donner naissance à Bastien le 27 mai 1995. Sage-femme, elle travaillait la nuit pour pouvoir s’occuper de son fils. « C’était un bébé facile, calme, gentil. Il me comblait. C’était mon tout. » Un lien qui se renforce lorsque Frédérique Couturier divorce du père de Bastien. « Entre 7 ans et 12 ans, c’était moi et lui ; lui et moi. On était fusionnel. On a profité de cette période pour voyager tous les deux. »
Bastien détestait le manque de respect. C’est comme ça que je l’ai éduqué.
Frédérique Couturier, maman de Bastien Payet
Bastien grandit dans un univers où l’on parle d’attention aux autres, où l’injustice n’a pas sa place. « Il détestait le manque de respect. C’est comme ça que je l’ai éduqué. » Quand Jean-Paul Gallimard entre dans leur vie, il se souvient de l’avertissement de Bastien : « T’as pas intérêt à faire souffrir ma mère. »
Jean-Paul s’installe peu à peu dans leur quotidien. Avec Bastien, le lien se construit simplement, autour d’une passion commune : le football. Le dimanche soir devient un rituel. Jean-Paul cuisine pour eux deux. Puis ils s’installent devant le foot. Des moments simples, qui finissent par tisser les liens d’une famille. « Bastien supportait le Stade de Reims et il entraînait les jeunes à Saint-Brice-Courcelles. On formait une famille », dit Frédérique. Une famille que Bastien va continuer à faire grandir autour de lui.
Sa mère mais aussi Marie, celle que Bastien a rencontrée au lycée Jean-Jaurès à Reims, évoquent un jeune homme « solaire ». « Bastien c’était mon premier amour », avoue Marie. Quelqu’un qui attirait les gens, qui rassemblait. « Quand il entrait dans une pièce, il prenait tout l’espace », se souvient celle qui a désormais 30 ans et exerce la profession de kinésithérapeute. Le temps a passé, mais le lien n’a jamais disparu. Frédérique le dit avec tendresse : « Marie, c’est notre belle-fille. » Une famille qu’elle décrit comme « atypique mais une famille quand même ».
Quatre lettres tatouées sur son bras
À 23 ans, Bastien multiplie les projets et les rencontres. Il découvre le slam, s’investit dans la vie associative. Avec son ami Laurent Étienne, il s’engage dans cette scène où les mots deviennent partage. Autour de lui, les liens se tissent naturellement. Aujourd’hui, le cercle s’est même élargi. Le compagnon de Marie y a trouvé sa place. Et avec Laurent Étienne, l’ami qui avait initié Bastien au slam, les liens sont restés très forts. « On est devenu pour ses enfants des grands-parents de cœur », dit Jean-Paul.
Puis la voix de Frédérique se fait plus grave. La mort de Bastien a laissé un vide immense. « Ils m’ont pris mon fils », dit-elle. Et presque aussitôt, elle ajoute : « Mais pas seulement. » La mort brutale de Bastien a tout emporté sur son passage. « Ils m’ont pris ma santé, mon métier, ma maison. » Au temps de la vie à trois, la famille vivait à Bétheny. Après la disparition du jeune homme, le couple tente de repartir ailleurs, à Tinqueux. Mais l’éloignement est trop difficile. « J’étais trop loin de Bastien. Il repose à Bétheny », explique-t-elle.
Frédérique se rend souvent sur sa tombe. Comme un besoin vital. Elle lui parle. Elle lui laisse des messages. Certains de ses amis font la même chose. Jean-Paul, lui, entretient et nettoie la tombe régulièrement. Ce routier désormais à la retraite soulève la manche de son bras gauche. Il a fait tatouer quatre lettres : FJPB. Les initiales de Frédérique, Jean-Paul et Bastien. Les initiales d’une famille. Cette famille que Bastien continue de relier, au-delà de la mort.
Ce mardi, le procès en appel s’ouvre à 14 heures. Pour la famille, l’épreuve judiciaire recommence. « Un nouveau procès, c’est rajouter une couche à la souffrance, répète Frédérique. Les accusés ont droit à une seconde chance. Cette deuxième chance que Bastien n’a pas eue. » Aujourd’hui, leur attente est simple : « Que la justice passe et que les trois accusés soient condamnés à une peine identique. Ils sont tous les trois coupables de la même façon. » Verdict le 25 mars.
Par Corinne Lange pour l'Union