Quatre hommes condamnés pour une vaste affaire de vols dans la Marne et les Ardennes

Publié le 19 août 2026
L'Union
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Quatre prévenus, quatre départements concernés par quatorze infractions : l’audience de ce lundi soir a été longue. Au final, le tribunal a rendu une décision partagée.

Quatre hommes de 32, 36, 25 et 26 ans étaient jugés, ce lundi 17 août dans le cadre d’un renvoi de comparution immédiate au tribunal judiciaire de Châlons, pour divers vols, recel, et participation à une association de malfaiteurs.

Les faits datent du 1er janvier au 30 juin 2026, dans la Marne (Épernay, Sézanne, Hermonville, Nuisement-sur-Coole, Auve, Thiéblemont-Faremont), les Ardennes (Château-Porcien, Taizy, Vieux-lès-Asfeld, Challerange), l’Yonne, l’Aube (Grandville, Champlost, Aulnay). La justice leur reprochait des vols de matériel agricole, produits phytosanitaires, véhicule, remorque… Les prévenus avaient été placés en détention provisoire ou sous contrôle judiciaire.

Il a fallu près de sept heures pour traiter cette affaire. Et encore, sans compter le temps de délibération des magistrats. Quatre hommes faisant partie de la communauté des gens du voyage devaient répondre aux questions du tribunal quant à des vols de matériel agricole (tracteur, outillage…), de produits phytosanitaires, de sacs de blé et de maïs, d’une voiture… Ou encore le recel d’une remorque. Des coopératives agricoles, comme Vicescia, étaient lésées. L’enjeu du procès était aussi de savoir si ces quatre prévenus, qui vivent tous dans l’aire de gens du voyage La Fertiline à Epernay, avaient participé à une association de malfaiteurs : les objets disparus avaient été retrouvés sur le camp sparnacien. Tous les prévenus nient les faits.

« C’est un dossier d’atteinte aux biens. Globalement, c’est toujours le même mode opératoire, pointe la procureure. On s’attaque à des silos en dégradant et en découpant le grillage. Les infractions retenues sont constituées. » La parquetière s’appuie sur les preuves apportées par le bornage des téléphones, et des traces de pneus de véhicule pour étayer ses propos.

« Ne pas rentrer dans la stigmatisation »

Maître Legay défendait Giani Klein, 32 ans, à qui la justice reprochait le plus de délits : pas moins de onze chefs de prévention. « Se baser sur la téléphonie et des traces de pneus, c’est mince pour condamner, estime le conseil. Ce n’est pas parce que mon client nettoyait le véhicule qu’il l’avait volé : il ignorait qu’il avait été dérobé. On ne l’a jamais été pris sur le fait. »

Maître Sébastien Busy représentait lui les intérêts d’Ismaël Niess, 36 ans, qui a choisi de garder le silence à l’audience : « J’assume totalement d’avoir dit à mon client de ne pas répondre à vos questions. Mettre une remorque à son véhicule, ça veut dire que la remorque est volée ? Son téléphone borne dans l’Aube pendant quatorze minutes, mais il se déplace en permanence : comment faire le lien avec un cambriolage ? pointe le défenseur. Et jamais son téléphone n’a borné dans les Ardennes. Il n’y a pas de lots ni de description des sacs de blé et de maïs. De quelle voiture parle-t-on, et de quels pneus ? Ce qui semble être si évident ne colle pas sur les données brutes d’exploitation de ce dossier. Rien ne permet de comparer ce qui a été volé et constaté sur le camp. Il faut des éléments objectifs et démontrés. Il y a assez d’éléments de doute pour relaxer. »

Pour Maître Ammoura, avocat du prévenu de 25 ans, « il ne faut pas rentrer dans la stigmatisation : on trouve des produits sur le camp, donc on s’intéresse à ceux qui le fréquentent. On impute à mon client des vols de produits phytosanitaires dans l’Aube parce qu’on a retrouvé son ADN. Mais on ne peut pas simplement s’appuyer sur l’ADN pour condamner, considère le défenseur. Cet ADN n’était pas de bonne qualité. J’ai comparé les résultats et le profil, et des allèles n’y sont pas. On n’a pas retrouvé ce qui a pu être dérobé à Aulnay. C’est un dossier de bout de ficelles : un peu de téléphonie, un peu de traces ADN, un contexte global et cela suffit pour condamner, tance le défenseur. Mon client n’a rien d’un voleur. Vous n’avez rien pour prouver sa participation. »

Entre culpabilité et relaxes

Enfin, Maître Pauline Manesse-Chemla soutenait le dernier prévenu, âgé de 26 ans, qui a lui aussi gardé le silence. Elle évoque « des confusions et des approximations » : « Mon client ne peut pas répondre à vos questions. On n’a rien contre lui ! Pas d’ADN, d’empreinte, ni de relevé de péage. Il porte des gants ? Mais c’est un ferrailleur ! De quelle remorque et de quel tracteur parle-t-on ? Il n’a rien à faire ici, il est innocent. »

Après un moment de délibération, les magistrats ont rendu des conclusions partagées. Giani Klein est relaxé pour cinq vols mais déclaré coupable pour cinq autres. Il écope de huit mois de prison ferme. Ismaël Niess se voit relaxé pour le recel et quatre vols, mais est déclaré coupable d’un autre. Il est condamné à six mois de prison ferme. Le prévenu de 25 ans est déclaré coupable de trois vols et se voit condamné à six mois de prison avec sursis. Enfin, celui de 26 ans devient coupable d’un vol, mais est relaxé sur un autre ainsi que le recel. Le tribunal le sanctionne de trois mois de prison avec sursis. Tous sont relaxés quant à la participation à une association de malfaiteurs.

Kevin Monfils, L'Union

 

Sébastien BUSY, avocat pénaliste à reims. Il intervient en droit pénal, crash aérien, permis de conduire
Sébastien BUSY
Avocat associé
Pauline MANESSE-CHEMLA, avocate pour les victimes
Pauline MANESSE-CHEMLA
Avocat associé