Le procès de l'étrange disparition de Karima au Maroc s'ouvre aux assises

Publié le 10 décembre 2013

par Alexandra Guillet avec AFP
le 09 décembre 2013 à 07h18 , mis à jour le 09 décembre 2013 à 07h36.

Lire l'article en ligne sur My tf1 News

 

JUSTICE

Karima Benhellah a disparu en juillet 2005, au Maroc, après 7 ans de mariage marqué par la violence. Son mari, que tout accuse bien que le corps n'ait pas été retrouvé, va devoir s'expliquer à partir de ce lundi devant les assises de la Charente.

"Il n'a pas avoué. Il n'y a pas de corps, mais tous les éléments de la culpabilité" sont là, a assuré Me Gérard Chemla, avocat de la famille de Karima, peu avant le procès de son mari qui s'ouvre ce lundi aux assises de la Charente. En 2005, Karima, femme brune au visage doux de 38 ans,  travaille comme aide-documentaliste au lycée Guez de Balzac à Angoulême. Depuis mars, elle vit seule, après s'être séparée de son mari Karbal Dandouni, un Marocain épousé sept ans plus tôt. Lui, âgé de 42 ans aujourd'hui, l'avait battue un an à peine après leur mariage. Ses amies ont dit d'elle que c'était une femme "agréable", "joviale", "prête à rendre service", selon l'enquête. C'était, "une femme aimant son mari mais le craignant fortement". Au point d'ailleurs d'avoir semblé s'isoler de ses proches, qui appréciaient peu l'époux violent.

Un casier judiciaire déjà bien rempli

Karbal Dandouni, originaire de Casablanca, s'était installé en France au cours des années 1990. Il a indiqué avoir été bûcheron, et avoir travaillé dans une régie de quartier à Angoulême, puis dans une association. Son casier judiciaire porte mention de plusieurs condamnations, notamment pour vol, port d'arme, trafic de stupéfiants et violences. En 2003, cinq ans après avoir épousé Karima, il a pris une deuxième épouse au Maroc, Rabia, sujet de discussion avec Karima, qui, selon l'enquête semblait opposée à tout divorce.

Deux ans plus tard, ils sont partis ensemble, seuls, au Maroc avec la voiture de Karima, une Renault 21 grise, un voyage que les amies de la disparue s'expliquent peu. Karima est partie mi-juillet. Le 4 août un dernier retrait a été opéré avec sa carte bancaire, au Maroc, et ensuite plus rien. Sa ligne téléphonique est restée inactive. Personne n'est venu chercher son chèque de salaire. Son mari lui, est rentré avec Rabia et leur fils Ismaël, le 25 août, et se serait servi du passeport de Karima pour permettre à sa deuxième épouse d'entrer en France. Il a récupéré des affaires dans son appartement et a repris sa vie, presque comme si de rien n'était.

"Quand j'ai su qu'il était revenu avec une autre femme..."

Le frère de Karima, Mohamed, a fini par porter plainte pour séquestration et obtenu l'ouverture d'une enquête. "Quand j'ai su qu'il était revenu avec une autre femme qui avait les papiers de ma soeur, qu'il avait détruit sa voiture et vidé l'appartement, je me suis dit qu'il l'avait tuée", a dit ce dernier au quotidien Sud Ouest. Aux enquêteurs et au juge d'instruction, Karbal a livré de multiples versions sur ce sombre périple, tout en niant l'avoir tuée. Ainsi, a-t-il affirmé avoir déposé Karima à la gare Saint Jean de Bordeaux, au retour, alors que de nombreux témoins ont admis qu'il était revenu avec sa seconde épouse, en compagnie de deux soeurs de l'accusé et de l'époux de l'une d'entre elles. Il n'avait en revanche ensuite aucune explication à donner sur sa disparition.

Sa violence, ses soeurs l'ont toutes évoquée. L'une d'entre elles a même affirmé qu'un ami très proche de Karbal Dandouni, jamais retrouvé, lui avait confié qu'il avait "tué" sa femme. Une autre a déclaré qu'il lui avait lui-même dit l'avoir droguée et laissée à Tanger. Toutes se sont rétractées plus tard, non sans manifester la peur qu'il leur inspirait. Karbal Dandouni a été mis en examen pour homicide volontaire le 4 juin 2009. Il est le dernier à avoir vu Karima. L'un de ses avocats, Me Rachid Rahmani, contacté dimanche par l'AFP, a indiqué qu'il serait bien présent à l'audience lundi, et que son client avait souhaité qu'il garde le silence car il réservait ses explications à la cour d'assises.

Gérard CHEMLA, avocat rémois réputé en matière pénale des victimes
Gérard CHEMLA
Avocat associé

Dans la même thématique

L’arrêt V13 (attentats du 13 novembre 2015)

Publié le 25 octobre 2022 - Thème(s) : Thème : Droit des victimes, Thème : Victime d’attentat
L’arrêt V13 (attentats du 13 novembre 2015) sur intérêts civils a été rendu ce matin par la Cour d’assises spécialement composée. Il s’agit de la partie d’un arrêt qui décide qui peut être considéré comme partie civile, c'est-à-dire comme victime au sens du droit pénal à la suite des condamnations pour tentative d’assassinat terroriste, complicité, association de malfaiteurs, terroriste ou non. Cette décision est importante en ce qu’elle tranche des questions qui étaient toujours pendantes près de 8 années après les faits et surtout parce qu’elle pose un cadre qui, au-delà des seuls attentats du 13 novembre, permettra de résoudre des questions consécutives à d’autres attentats.

Les frères CLAIN : mort non officielle et condamnation exemplaire

Publié le 08 septembre 2022 - Thème(s) : Thème : Droit des victimes, Thème : Victime d’attentat

A la fin du mois de février 2019, les médias ont annoncé la mort des frères Fabien et Jean-Michel CLAIN, jihadistes français, acteurs majeurs de la propagande francophone de l’État islamique, dans des frappes de la coalition internationale.

La Taqqiya ou l’art de la dissimulation dans le jihadisme

Publié le 08 septembre 2022 - Thème(s) : Thème : Droit des victimes, Thème : Victime d’attentat

La Cour d’assises antiterroriste spécialement composée de magistrats professionnels juge en ce moment-même vingt individus accusés d’avoir participé aux attentats du 13 novembre : coordinateurs, membres de commandos, logisticiens…

Les débats qui ont lieu sur l’île de la cité, au sein du Palais de justice historique, dans une salle d’audience spécialement construite et aménagée en vue de ce procès, ont à plusieurs reprises fait référence à la Taqqiya.

Procès de l’attentat de Villejuif : Plaidoirie de Gérard CHEMLA

Publié le 16 novembre 2020 - Thème(s) : Thème : Droit des victimes, Thème : Victime d’attentat

‘Juger c’est comprendre et je ne vous comprends pas Monsieur GHLAM’

Quelques rappels

Le dimanche 19 Avril 2015 au petit matin, Sid Ahmed GHLAM, jeune étudiant parisien dont la famille est installée à St Dizier (52), avait comme projet de s’attaquer aux fidèles de l’église Ste Thérèse de Villejuif.

Les réquisitions dans le procès du projet d’attentat de Villejuif

Publié le 04 novembre 2020 - Thème(s) : Thème : Droit des victimes, Thème : Victime d’attentat

"On a toujours parlé à tort de l'attentat manqué de Villejuif. C'est oublier qu'Aurélie Châtelain a été assassinée ce dimanche 19 avril sur un parking de Villejuif (…) Elle a été la première et heureusement la seule victime de l'attentat de Villejuif. (...) Elle avait 32 ans et toute la vie devant elle".

Ce sont les premiers mots des avocates générales ce lundi 2 novembre, qui aux termes d’un réquisitoire de six heures, ont requis la condamnation de l’ensemble des accusés.

Sonia MEJRI, l’épouse d’un dirigeant de l’armée secrète de l’Etat Islamique

Publié le 29 octobre 2020 - Thème(s) : Thème : Droit des victimes, Thème : Victime d’attentat

La Cour d’Assises Spéciale chargée de juger Sid-Ahmed Ghlam et ses coaccusés a entendu comme témoin Sonia Mejri, l’épouse sur zone d’Abdelnasser Benyoucef, cadre de l’état Islamique et principal commanditaire de l’attentat.

C’est l’un des moments forts de ce procès.

Le rôle des femmes au sein de l’Etat islamique

Le rôle des femmes au sein de l’EI est relativement limité ; à la connaissance des services spécialisés, aucune femme n’a eu un pouvoir décisionnaire au sein de l’EI.

Sid-Ahmed GHLAM et le manuel du “parfait petit terroriste”

Publié le 28 octobre 2020 - Thème(s) : Thème : Droit des victimes, Thème : Victime d’attentat

Les enquêteurs ont découvert à l’intérieur du véhicule de Sid-Ahmed Ghlam un classeur de vingt-sept feuilles volantes supportant des annotations manuscrites en langues française et arabe, précisant l’organisation d’un attentat, sorte de manuel pour futur terroriste.

Ce manuel du terroriste, dont Sid-Ahmed Ghlam précisera à l’audience qu’il était en permanence dans son sac à dos, permet de reconstituer ses projets et d’expliquer au moins en partie le déroulement des faits.

Le projet d’attentat de Sid-Ahmed GHLAM et l’analyse de la stratégie attentats de l’Etat Islamique

Publié le 28 octobre 2020 - Thème(s) : Thème : Droit des victimes, Thème : Victime d’attentat
La typologie des attentats de l’Etat Islamique

Schématiquement, il est possible de distinguer deux catégories parmi les attentats dont l’Etat Islamique est responsable :

• Les attentats « inspiré »s, qui sont revendiqués par l’EI, et commis par des sympathisants ayant répondu aux appels du Califat à commettre des attentats, sans être dirigés par les structures de l’EI (attentat de Nice par exemple);

Les commanditaires de Sid-Ahmed Ghlam : des vétérans du jihad

Publié le 15 octobre 2020 - Thème(s) : Thème : Droit des victimes, Thème : Victime d’attentat

Le projet d’attentat de Sid-Ahmed Ghlam s’inscrit dans le contexte très global du terrorisme. Il a été fomenté par l’Etat Islamique, mais fait intervenir des vétérans du jihad armé algérien, tchétchène et afghan des années 90 et 2000.

Accident de passage à niveau : encore un… Avenay-Val-d’Or le 15 juillet 2019

Publié le 17 juillet 2019 - Thème(s) : Thème : Droit des victimes, Thème : Victime des accidents de la route / circulation

L’actualité est une nouvelle fois marquée par un dramatique accident à un passage à niveau.