A l’heure du numérique, l’accès à tout type de contenu n’a jamais été aussi facile. Il est donc tentant d’utiliser une image trouvée sur internet pour illustrer un article et la publier sur son site web.

Cependant une telle utilisation expose celui qui en est à l’initiative à des poursuites judiciaires.

En effet, derrière une photographie se trouve un auteur lequel peut détenir, du simple fait de la création de la photographie, des droits sur celle-ci.

L’article L.112-2 du Code de la propriété intellectuelle qualifie les photographies d’œuvres de l’esprit, leur conférant ainsi une protection au titre du droit d’auteur.

Toutefois, cette protection ne s’applique que si la photographie est « originale » c’est-à-dire si elle revêt l’empreinte de la personnalité de son auteur.

Or, les juges admettent de moins en moins souvent le caractère original de photographies considérant que les clichés ne sont que la mise en œuvre du savoir-faire technique du photographe.

Le jugement rendu le 28 juin dernier par le Tribunal Judiciaire de Paris[1] à propos de photographies culinaires en est une illustration.

Dans cette affaire, le Tribunal de Paris a considéré que ni le cadrage, ni la mise en valeur des gâteaux – qui est le propre de la photo culinaire – ne peuvent être regardés comme étant originaux et rejette la demande fondée sur la contrefaçon de droit d’auteur.

Mais ce qui fait la particularité de ce jugement tient au fait que le Tribunal Judiciaire de Paris sanctionne néanmoins l’utilisation non autorisée de ces photographies jugées « banales » sur le terrain de la concurrence déloyale et du parasitisme.

Le Tribunal a en effet considéré que ces photographies représentent une valeur économique dans la mesure où elles résultent du travail d’un professionnel, qui détient un matériel et une technique dont la mise en œuvre a un coût et dont la mise à disposition nécessite l’établissement d’une base de données et le paiement d’une licence de la part de ses utilisateurs.

Cette décision peut toutefois sembler contraire à la jurisprudence qui exige habituellement que soit démontrée, au regard des critères précis, l’existence d’une valeur économique identifiée et individualisée à laquelle il est porté atteinte. (Voir notre article « Parasitisme économique : la nécessaire preuve d’une valeur économique identifiée et individualisée. »)

Si les juges sont de plus en plus réticents à admettre l’action en contrefaçon de droit d’auteur lorsque la photographie ne présente pas d’originalité notable, ce dernier jugement pourrait ouvrir la voie à un recours accru à la responsabilité civile pour obtenir réparation, même lorsque la photographie est considérée comme banale.

Le Cabinet ACG reste à votre disposition pour vous accompagner sur ces questions. 

 

Fanny LOUVET, avocate associée, intervenant en droit de la propriété intellectuelle (Droit des marques, droit d’auteur, droit des dessins et modèles, brevet), droit de l’informatique, concurrence déloyale, droit commercial des entreprises, recouvrement de créances


 


[1] TJ Paris, 28 juin 2024- 3ème chambre RG n°23/05932

Fanny LOUVET, avocate en droit des marques à Troyes
Fanny LOUVET
Avocat associé

Questions fréquentes sur l’utilisation de photographies trouvées sur internet

Peut-on utiliser librement une photo trouvée sur internet pour illustrer son site ?

Non. Une photographie accessible en ligne n’est pas pour autant libre de droits. Son auteur peut disposer de droits sur elle du seul fait de sa création, et toute reproduction ou diffusion sans autorisation expose l’utilisateur à des poursuites. Avant toute publication, il faut obtenir l’accord du titulaire des droits ou acquérir une licence adaptée à l’usage envisagé. 

Une photographie est-elle toujours protégée par le droit d’auteur ?

Les photographies figurent parmi les œuvres de l’esprit protégées par le Code de la propriété intellectuelle (article L.112-2). Mais cette protection suppose que la photo soit originale, c’est-à-dire qu’elle porte l’empreinte de la personnalité de son auteur à travers des choix créatifs libres (mise en scène, cadrage, angle, lumière, retouche). Il appartient à celui qui revendique la protection d’identifier ces choix. Les juges écartent de plus en plus souvent l’originalité de clichés qui relèvent de la seule mise en œuvre d’un savoir-faire technique. 

Si la photo n’est pas jugée originale, son utilisation sans autorisation est-elle sans risque ?

Pas nécessairement. Dans un jugement du 28 juin 2024 (TJ Paris, 3e ch., RG n°23/05932), le tribunal a écarté la contrefaçon de droit d’auteur pour des photographies culinaires jugées banales, mais a néanmoins sanctionné leur utilisation non autorisée sur le fondement de la concurrence déloyale et du parasitisme. Le tribunal a retenu que ces photos avaient une valeur économique, fruit du travail d’un professionnel, de son matériel et d’un système de licences payantes. Cette solution reste toutefois discutée au regard de la jurisprudence habituelle sur le parasitisme. 

Qu’est-ce que le parasitisme économique ?

Le parasitisme consiste à se placer dans le sillage d’un autre opérateur pour tirer profit, sans contrepartie, de ses efforts, de son savoir-faire ou de ses investissements. Il relève de la responsabilité civile (article 1240 du Code civil) et permet d’obtenir réparation même en l’absence de droit privatif comme un droit d’auteur. La jurisprudence exige en principe la démonstration d’une valeur économique identifiée et individualisée, ainsi qu’une appropriation fautive de cette valeur. 

Quels risques encourt-on en cas de contrefaçon de droit d’auteur sur une photographie ?

Sur le plan civil, l’auteur peut obtenir le retrait de la photo et des dommages-intérêts tenant compte notamment du manque à gagner et des bénéfices réalisés par le contrefacteur. Sur le plan pénal, la contrefaçon est un délit puni de trois ans d’emprisonnement et de 300 000 euros d’amende (articles L.335-2 et L.335-3 du Code de la propriété intellectuelle). En pratique, la plupart des litiges se règlent par une mise en demeure suivie d’une transaction. 

Une image « libre de droits » peut-elle être utilisée sans aucune condition ?

Non. L’expression « libre de droits » désigne généralement une licence permettant une utilisation sans paiement de redevances à chaque diffusion, mais pas une absence totale de droits. Ces licences prévoient souvent des conditions (usages autorisés, mention de l’auteur, interdiction de revente). Il faut donc lire les conditions de la banque d’images et en conserver une trace. Le droit moral de l’auteur, notamment son droit au nom, subsiste en toute hypothèse. 

Combien de temps dure la protection d’une photographie par le droit d’auteur ?

Les droits patrimoniaux de l’auteur durent toute sa vie, puis 70 ans après son décès au profit de ses ayants droit (article L.123-1 du Code de la propriété intellectuelle). Le droit moral est quant à lui perpétuel. Indépendamment du droit d’auteur, la diffusion d’une photo représentant une personne identifiable peut également nécessiter son accord au titre du droit à l’image (article 9 du Code civil). 

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