Puis-je obtenir une mesure d'éloignement contre mon conjoint ?
Vous êtes victime de violences de la part de votre conjoint, partenaire, ou même ex-conjoint.
Il n’existe en l’état pas de mesure d’éloignement à proprement parler.
L’éloignement ou plutôt l’interdiction d’approcher peut résulter :
- Soit d’une plainte pénale qui donne lieu à des poursuites et condamnations ou mesures alternatives ou de contrôle judiciaire interdisant à la personne violente d’approcher ou de contacter la victime.
- Soit d’une demande d’ordonnance de protection spécialement conçue pour répondre aux situations de violences conjugales.
L’ordonnance de protection, si elle est accordée, permet d’obtenir :
- L’interdiction à la personne violente de recevoir ou de rencontrer certaines personnes spécialement désignées par le juge aux affaires familiales ( le conjoint, les enfants..), ainsi que d'entrer en relation avec elles, de quelque façon que ce soit ;
- L’Interdiction de se rendre dans certains lieux spécialement désignés par le juge aux affaires familiales dans lesquels se trouve de façon habituelle la partie à protéger (comme l’école des enfants, le lieu de travail, un quartier spécifique.. );
- L’Interdiction de porter une arme et lui ordonner de les rendre ;
Cette ordonnance permet aussi de façon très rapide d’organiser vos conditions vie matérielles et celles des enfants :
- Le juge peut attribuer la jouissance du logement conjugal ou commun c’est-à-dire qu’il détermine qui peut rester dans le logement et en jouir et qui doit partir. Il ordonne concrètement l’expulsion du conjoint violent et peut mettre la prise en charge des frais à la charge du conjoint violent.
- Il peut attribuer à la partie demanderesse la jouissance de l'animal de compagnie détenu au sein du foyer ;
- En présence d’enfants, Il se prononce sur les modalités d'exercice de l'autorité parentale et sur les modalités du droit de visite et d'hébergement, qui par principe se déroulera dans un lieu neutre sécurisé, sauf motivation contraire.
- Il peut aussi fixer une pension alimentaire au titre de la contribution aux charges du mariage pour les couples mariés, ou de l'aide matérielle au sens de l'article 515-4 pour les partenaires d'un pacte civil de solidarité et sur la contribution à l'entretien et à l'éducation des enfants ;
Quelles sont les conditions pour pouvoir demander une telle ordonnance ?
- Des violences exercées au sein du couple qu’elles soient physiques, économiques, morales, psychologiques.
- Qu’elles soient exercées par un (ex-) conjoint, (ex) partenaire, (ex)concubin même si vous n’avez jamais cohabité ensemble ou ne cohabitez plus ou pas avec la personne
- Qui mettent en danger la personne qui en est victime ou un ou plusieurs enfants
- La demande peut être faite même si vous n’avez pas déposé de plainte pénale.
Quels sont les délais ?
Dès la réception de la demande d'ordonnance de protection par la partie ou son avocat, le juge convoque les parties à une audience.
Le juge à saisir est le juge aux affaires familiales du tribunal judiciaire territorialement compétent c’est-à-dire celui de la résidence habituelle soit du lieu du domicile conjugal ou du domicile du défendeur (l'auteur des violences) ou de la résidence habituelle de l’enfant.
Les auditions des parties peuvent avoir lieu séparément.
Le juge aux affaires familiales doit rendre sa décision dans les 6 jours à compter de la fixation de la date d’audience.
Les mesures ordonnées produisent leur effet pendant pour une durée maximale de douze mois à compter de la notification de l'ordonnance.
S’agissant d’une ordonnance de protection provisoire, pour qu’elle continue de produire ses effets, il faut saisir dans ce délai d’un an le juge aux affaire familiales soit d’une demande en divorce ou séparation de corps soit d’une demande relative à l’exercice de l’autorité parentale (résidence des enfants, pension..).
Plusieurs remarques complémentaires :
En l’état cette ordonnance répond aux situations de violences conjugales c’est-à-dire lorsque les violences sont exercées sur le conjoint adulte. Si les violences ne sont exercées que sur les enfants, ce mécanisme n’est pas applicable.
Seul le juge des enfants est compétent lorsque la sécurité de l’enfant est promise.
A noter en revanche que la réponse pénale à la plainte éventuellement déposée n’empêche pas de solliciter une ordonnance de protection.
Ainsi même si la plainte a déjà donné lieu à une interdiction d’approcher ou de prendre contact, la partie peut toujours demander une ordonnance de protection ne serait-ce que pour obtenir un cadre pour les enfants ou la jouissance du logement.
Aude GALLAND, avocat en droit de la famille
Questions fréquentes sur l'ordonnance de protection et les violences conjugales
Existe-t-il une mesure d'éloignement spécifique contre un conjoint violent en droit français ?
Le terme « mesure d'éloignement » ne désigne pas une procédure autonome. La protection peut résulter de deux voies distinctes : la voie pénale (contrôle judiciaire avec interdiction de contact, mesure alternative aux poursuites, condamnation assortie d'une interdiction d'approcher la victime) ou la voie civile via l'ordonnance de protection délivrée par le juge aux affaires familiales (JAF). Cette dernière est souvent la plus accessible, car elle ne nécessite pas de plainte pénale préalable.
Qui peut demander une ordonnance de protection et dans quelles situations ?
L'ordonnance de protection peut être accordée à toute victime de violences au sein du couple — physiques, économiques, morales ou psychologiques — exercées par un conjoint, ex-conjoint, partenaire de PACS ou concubin, y compris en l'absence de vie commune. Il suffit de démontrer que ces violences mettent en danger la victime ou ses enfants. Aucune condamnation pénale ni même dépôt de plainte préalable n'est exigé.
Faut-il obligatoirement avoir déposé une plainte pénale avant de demander une ordonnance de protection ?
Non. L'ordonnance de protection peut être demandée indépendamment de toute procédure pénale en cours. La victime peut saisir directement le juge aux affaires familiales (JAF) du tribunal judiciaire compétent. En revanche, une plainte déjà déposée ne fait pas obstacle à la demande civile : les deux voies sont cumulables et se renforcent mutuellement.
Quelles mesures concrètes le juge peut-il prononcer dans une ordonnance de protection ?
Le JAF dispose d'un large panel de mesures : interdiction pour le conjoint violent de contacter la victime et les enfants ; interdiction de se rendre dans certains lieux (domicile, école, lieu de travail) ; attribution du logement conjugal à la victime avec expulsion du conjoint ; interdiction de port d'arme avec obligation de remise aux forces de l'ordre ; attribution de l'animal de compagnie à la victime ; fixation des modalités d'exercice de l'autorité parentale et du droit de visite dans un lieu neutre sécurisé ; versement d'une pension alimentaire ou d'une contribution aux charges du mariage.
Quels sont les délais de la procédure d'ordonnance de protection ?
La procédure est conçue pour être rapide. Dès réception de la demande, le JAF convoque les deux parties. Les auditions peuvent être séparées pour éviter toute confrontation directe. La décision doit intervenir dans un délai de six jours suivant la date fixée pour l'audience. Les mesures prononcées sont valables pour une durée maximale de douze mois à compter de la notification de l'ordonnance.
L'ordonnance de protection couvre-t-elle aussi les enfants directement victimes de violences ?
L'ordonnance de protection vise principalement la protection de l'adulte victime de violences conjugales. Si les enfants sont en danger en raison des violences subies par le parent victime, certaines mesures relatives à l'autorité parentale ou au droit de visite peuvent être intégrées dans l'ordonnance. En revanche, lorsque les enfants sont victimes directes de violences exercées par un parent, indépendamment de toute violence conjugale, c'est le juge des enfants — et non le JAF — qui est compétent.
Que se passe-t-il à l'expiration des douze mois de l'ordonnance de protection ?
L'ordonnance de protection est valable douze mois au maximum. Pour que les mesures soient maintenues au-delà, la victime doit avoir engagé, pendant ce délai, une procédure de divorce, de séparation de corps ou une demande relative à l'autorité parentale devant le JAF. À défaut, les mesures prononcées cessent automatiquement à l'expiration du délai. Un avocat spécialisé en droit de la famille peut anticiper cette échéance et engager les procédures nécessaires dans le délai imparti.
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